Réflexions sur une formation supplémentaire pour des (psycho)thérapeutes bouddhistes (1)
LA CONTRIBUTION DES ENSEIGNANTS DU DHARMA, LES QUATRE NOBLES VÉRITÉS COMME BASE.
samedi 17 mai 2003, par Lama Lhundrup
Kundreul Ling, le 10 mai 2003
Chers amis, voici quelques pensées qui me sont venues suite au stage de rencontre entre enseignants du dharma et psychothérapeutes allemands, l’an passé, en 2002.
La vision avec laquelle, nous, les pratiquants du dharma, abordons la question : comment aider les gens pris dans des crises psychologiques, est nécessairement une vision éclairée par le dharma. Pour cette raison, je propose que nous utilisions les « Quatre Nobles Vérités » comme ligne d’orientation car à l’intérieur de ces quatre nobles vérités, est contenue l’approche de tous les médecins et guérisseurs. C’est à dire le diagnostic du problème, l’analyse de ses causes, la définition du but : la santé, et ensuite la thérapie. Si nous formulons ceci d’une manière bouddhiste, ceci correspond aux « Quatre Nobles Vérités » qui sont : la description de la souffrance, les causes de la souffrance, la fin de toute souffrance : la libération et l’éveil, et le chemin menant à la dissipation de toute souffrance : la libération complète.
En même temps il est d’une importance décisive pour une thérapie bouddhiste, de diriger notre regard sur les qualités qui dorment en chacun, en chaque patient, et qui sont l’expression de sa nature de bouddha, au lieu de donner de l’importance à ses problèmes, névroses et traumatismes. Sur le chemin bouddhiste il s’agit d’abord de renforcer les qualités et il ne s’agit pas en premier lieu d’analyser les défauts et erreurs, ce qui néanmoins peut être utile en son temps.
La motivation qui nous soutient dans ce travail est la motivation altruiste la plus vaste possible que nous puissions trouver. Ceci veut dire qu’il faut aider tous les êtres sans exception jusqu’à l’obtention complète d’une santé totale, incluant tout. Finalement, en termes bouddhistes, c’est la bodhicitta, l’esprit d’éveil : le développement de l’amour et de la compassion, accompagné d’une réalisation profonde. Bodhicitta est le cœur d’une psychothérapie dans le cadre du chemin du dharma.
Comme méthode nous utilisons tout ce qui nous aide sur le chemin vers l’au delà de la souffrance et qui est en harmonie avec le dharma (l’enseignement bouddhiste).
Nous considérons comme thérapeutes, toutes les personnes qui sont investies dans des professions dont le but est la guérison, qui sont eux mêmes sur le chemin de la guérison et qui sont prêts à partager ce chemin dans les limites de leur compétence, avec d’autres. Du point de vue bouddhiste, ces thérapeutes sont des personnes qui ont pris refuge dans les Bouddha, dharma et sangha et qui ont une pratique personnelle du dharma (consistant en l’étude, la contemplation et la méditation) guidés par des enseignants compétents et dédiant complètement leur vie au développement de l’amour, de la compassion et de la sagesse.
Pour leur propre chemin et plus particulièrement pour leur profession, ces thérapeutes souhaitent obtenir une compréhension des bases du dharma en vue de la formulation d’une psychothérapie bouddhiste. Elle peut leur être offerte par des enseignants bouddhistes (ou, plus tard, par des collègues compétents).
Parmi les trois collections ou « corbeilles » de l’enseignement bouddhiste (soutra, vinaya, abhidharma) et spécialement par celui de l’abhidharma accompagné bien sûr par les instructions absolument nécessaires pour l’éthique, l’entraînement de l’esprit et la méditation, la psychologie bouddhiste est d’un grand intérêt pour les thérapeutes. L’abhidharma explique en détail la signification exacte des instructions que le Bouddha a données sur ces « Quatre Noble Vérités ». Permettre une compréhension de ces instructions est l’idée, le projet d’une formation supplémentaire bouddhiste sur plusieurs années pour les psychothérapeutes intéressés. Ce qui suit maintenant sont quelques propositions sur les grandes lignes de ce que pourrait être la contribution des enseignants bouddhistes dans une telle formation.
(1) Une compréhension de « la vérité de la souffrance » inclut l’analyse de notre situation en général et en particulier, c’est à dire de tous les points qui se réfèrent à notre propre chemin :
les trois formes de la souffrance
le cycle des existences (samsara) et les différents royaumes de l’expérience voilée
l’emprisonnement dans les émotions, les tendances habituelles, la façon dualiste de gérer notre monde, le fonctionnement de l’esprit dualiste etc.
(2) Examiner « la vérité des causes de la souffrance » pourrait inclure les instructions bouddhistes suivantes :
la saisie égoïste
les causes et résultats de nos actes (karma)
la conscience duelle et non duelle (namshé et yéshé)
l’interrelation entre la vérité relative et la vérité ultime (la manifestation et la vacuité)
la nature de bouddha et les différentes formes de voiles qui la recouvrent
les 51 facteurs mentaux
les 8 formes au niveau de l’esprit
les 12 liens interdépendants etc.
Ces instructions doivent permettre une analyse profonde des causes de tout problème psychique.
(3) Les instructions sur « la vérité de la fin de toute souffrance » décrivent ce qui est à découvrir comme potentiel en nous :
la réalisation de la conscience primordiale, la libération
la bouddhéité (les trois kayas)
l’activité éveillée etc.
Ceci nous donne une vision de ce qu’est la santé ou guérison complète, un aperçu de ce que pourrait être le but ultime, de tout travail thérapeutique.
(4) Finalement nous arrivons au point clé, la thérapie ou « la vérité du chemin vers l’au delà de la souffrance ». On ne peut pas prendre ce chemin si nous n’avons pas d’abord fait l’analyse exacte de la situation et de ses causes et si nous ne savons pas où nous allons nous diriger, notre but. Le chemin lui même est décrit par de nombreuses instructions et comprend une multitude de méthodes qui pourraient trouver une application et une correspondance dans le cadre du travail psychothérapeutique. Ici une liste des points qui semblent les plus importants :
l’Octuple Sentier des Nobles (la vision, la compréhension, la parole, l’action, la conduite, l’aspiration, la vigilance et la méditation profonde justes)
les quatre pensées de base (la précieuse existence humaine, l’impermanence, le karma et les défauts du samsara)
le refuge dans les bouddha, dharma, sangha
la discipline de la libération individuelle (les vœux laïcs)
la bodhicitta (le chemin des bodhisattvas) l’entraînement de l’esprit (lodjong)
les antidotes aux émotions
les sept branches d’éveil
les quatre types de renoncement
les quatre bases de la vigilance (le corps, les sensations, l’esprit et le dharma)
le développement de la détente et les deux accumulations (mérite et sagesse)
les trois entraînements (discipline, méditation et sagesse)
les six ou dix vertus transcendantes (paramitas : la générosité, la discipline, la patience, la persévérance joyeuse, la stabilité méditative et la sagesse, la méthode, les prières de souhaits, la force et la conscience primordiale)
les méthodes du calme mental, de la vision pénétrante, de rester naturel (mahamoudra)
En plus il existe des instructions décrivant « le chemin » comme étant les cinq chemins ou les treize étapes qui nous montrent que les expériences qui apparaîtront, devront être lâchées ensuite.
De toutes ces instructions, on devrait, dans le cadre d’une formation continue de thérapeutes bouddhistes, distiller ce qui va aider dans l’accompagnement des patients. Leur propre chemin spirituel restant toujours la pratique individuelle, personnelle. Il est important qu’un psychothérapeute prenne véritablement ce chemin intérieur. Ce chemin va se poursuivre durant toute la vie dans l’étude, la contemplation et la méditation, accompagné par des échanges avec de nombreux autres.
Entre les enseignants du dharma et les thérapeutes, il sera important d’identifier les points communs et les différences qui existent entre une relation de ’maître et disciple’ et une relation de ’thérapeute et patient’.
On pourrait essayer d’affiner notre terminologie et trouver une terminologie thérapeutique qui sera en accord avec le dharma. Notre langage scientifique doit être exact afin d’éviter tout malentendu et sera d’une grande aide s’il peut être en accord avec la réalité ultime. Ce langage scientifique doit trouver son expression dans une façon de parler plus simple mais toujours correcte permettant de communiquer les mêmes idées, concepts aux patients et à nos proches, sans donner lieu à des malentendus ou créer des obstacles sur le chemin vers l’éveil.
Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce sujet et ceci n’est qu’une première ébauche, celle de vouloir structurer le thème. Nous allons sûrement pénétrer dans plus de détails au cours des stages à venir.
Avec mes meilleurs souhaits pour votre chemin et votre travail.
Lama Lhundrup.
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