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psychodharma.org

 
Compte rendu de la Rencontre avec J.-P. SCHNETZLER des 29, 30, 31 septembre 2003 à Montchardon.

jeudi 22 avril 2004

Participaient à cette rencontre : JP Schnetzler, lama Lhundroup, Félicité Legal, Henri Cuevas, Elisa-beth Schnetzler (fille de JP), Frédéric ( ?), Anne ( ?) et Chantal Boisset.

Cette rencontre était souhaitée afin que JP Schnetzler apporte, grâce à son expérience en tant que psy-chiatre et bouddhiste, un éclairage sur la manière dont les psychothérapeutes bouddhistes peuvent travailler en accord avec les enseignements du Bouddha Sakyamouni.

Les thèmes abordés au cours de ces trois journées étaient basés sur la nécessité de trouver une appro-che thérapeutique la plus juste possible utilisant la psychothérapie et le dharma du Bouddha, le but étant de proposer aux personnes en difficulté jusqu’aux psychotiques, une thérapie saine qui les amène à développer une personnalité saine.

Parmi ces thèmes :
-  Enseignements proposés lors des stages ou réunions
-  La bénédiction
-  Les techniques en psychothérapie, et leur application dans une vision bouddhiste
-  Recherches sur les vies passées, leur impact sur la vie actuelle et la preuve de la réincarnation
-  Huit points clé proposés par L.Lhundroup et conseils de JP S à leur sujet
-  quelques questions
-  Expérience de Jean Pierre Schnetzler

 

Enseignements proposés pour des stages ou réunions et réflexions sur différents thèmes du dharma

Lama Lhundroup souhaite apporter un enseignement basé les canons bouddhistes (Pâli) comme réfé-rence et en particulier sur l’Abidharma.

Seront utilisés :

a) Les Quatre Nobles Vérités, comme base, qui peuvent être mises en relation avec le travail thérapeu-tique : analyse, diagnostic, but, thérapie. Le Bouddha est le « grand médecin » qui propose une guéri-son totale, l’accès à une santé parfaite. Cette santé s’acquiert en s’appuyant sur l’éthique, la concen-tration et la sagesse, ces trois critères conformes à la nature profonde de l’être, sont utilisés en théra-pie.

b) La loi du karma incontournable doit être contemplée. Grâce à cette contemplation, on accepte mieux ce qui se passe actuellement dans la vie présente. Le karma à venir est également accepté. L’impact des vies antérieures sur la vie actuelle doit être pris en compte mais toujours avec une com-préhension juste, sans saisie.

c) Les six paramitas, points de repère pour développer une personnalité saine.

d) Les quatre forces : le regret, l’antidote, le renoncement, le support, partie intégrantes de l’approche thérapeutique contribuent à purifier les tendances ainsi que la culpabilité. La confession est le point de départ, car se confesser (des actes négatifs, tendances etc.) c’est « mettre sur la table » tout ce qui per-turbe dans notre mode de fonctionnement.

e) La relation maître et disciple : en comprendre l’importance, même si il est difficile de pouvoir en-tretenir une grande proximité avec un maître. Une aspiration allant dans le sens d’une relation saine avec le maître, amène une confiance, une dévotion, qui peuvent permettre de « garder le fil » lorsque l’on subit de grands ébranlements.

Dans une relation avec un maître, il faut distinguer entre un maître réalisé et un maître éveillé. Les maîtres réalisés n’ont pas épuisé toutes leurs tendances ce qui peut amener des difficultés dans le rela-tionnel. C’est pour cela qu’il faut éviter d’idéaliser un maître. A un niveau ordinaire, un disciple ne peut pas prétendre savoir si le maître est éveillé ou réalisé à cause des voiles qui obscurcissent encore son esprit. Il peut simplement constater les effets de l’activité du maître. Il doit savoir qu’un bouddha ne se met pas en colère, mais quand c’est nécessaire, peut manifester un air courroucé. Dans ce cas, l’esprit du maître garde toujours sa qualité spacieuse. Certains êtres réalisés peuvent également avoir besoin d’une thérapie.

-  D’une manière générale, la connaissance du dharma et sa mise en pratique sont-elles indispensable ?

Une connaissance des textes traditionnels et une pratique du dharma ont une incidence sur la manière d’utiliser les outils mis à la disposition des psychothérapeutes. Cela permet de savoir comment utiliser une « psychothérapie bouddhiste ». Ainsi on peut affirmer que pour être un psychothérapeute boud-dhiste, il faut avoir une pratique personnelle bouddhiste.

Le thérapeute doit pouvoir développer un fonctionnement de sagesse grâce à la méditation car cette dernière est complémentaire des outils thérapeutiques. D’autre part on constate que ce que les psy-chothérapeutes décrivent de l’état intérieur, est découvert également au travers de la méditation.

Dans la pratique de la méditation silencieuse, il faut comprendre ce qu’est le shiné et ce qu’est la vi-sion pénétrante (lhaktong). La pratique de shiné fait naître une sagesse, mais cette sagesse n’est pas le lhaktong. Avec shiné, c’est l’observation simple des phénomènes qui amène cette sagesse, cette com-préhension. Lorsque l’on regarde une émotion, qu’elle soit acceptée ou non, c’est du shiné - c’est l’essence de ce que l’on fait en psychanalyse. Puis en regardant l’émotion, après son acceptation, une vision de sa nature illusoire apparaît et lorsqu’il n’y a plus personne qui accepte, cet espace qui s’ouvre est le début de la vision pénétrante. Lhaktong est la vision claire de la nature illusoire. Le thérapeute doit savoir révéler au patient la valeur des instants d’ouverture.

En Angleterre ainsi qu’aux USA, les thérapeutes, conscients des limitations de la psychothérapie, se posent actuellement le problème de la spiritualité. Car ce qui a été dramatique c’est que l’on a voulu opposer ce qui était complémentaire, l’aspiration spirituelle a été refoulée.

Le travail sur les émotions (dans la thérapie) et la méditation peuvent amener à entrer en amitié avec ses propres émotions.

Lorsqu’on connaît les défenses de l’ego, il est alors possible de progresser. En effet, on peut croire que l’on accepte, que l’on lâche, mais parfois c’est une fausse acceptation, pas un lâcher-prise réel, c’est en réalité une défense très subtile de l’ego. Il y a blocage. La bienveillance et la compréhension sont une aide lorsqu’il y a blocage, lorsque le système de défense de l’ego est trop fort. Le « moi » relatif est un processus défensif à abandonner, c’est une saisie sur une identification. En s’appuyant sur la « bonté fondamentale », cette saisie du « moi » peut être renversée. C’est alors qu’une santé fondamentale s’installe. La confiance apparaît, on peut se baser sur cette confiance.

 

A propos de la bénédiction :

La bénédiction ouvre l’esprit.

La bénédiction est présente lorsqu’on entre en contact avec le soi profond. Dans une relation théra-peutique il peut s’installer quelque chose de l’ordre de la bénédiction : on se sent relié au soi profond de l’autre.

Suite à une bénédiction, il peut y avoir une déception car la bénédiction ne guérit pas forcément. Même dans une pratique de shiné soutenue, certaines saisies émotionnelles restent inconscientes et peuvent ensuite refaire surface. Voilà pourquoi il arrive qu’après dix ans de méditation il soit néces-saire pour un retraitant de faire un travail de psychothérapie.

La bénédiction relève de l’expérience tant qu’elle n’est pas stabilisée et intégrée. Cette expérience transitoire apporte une compréhension et une paix, mais quand l’expérience se referme, rien n’a chan-gé. Voilà pourquoi il faut abandonner la croyance en quelque chose de magique car la bénédiction fait partie de la « loi du fonctionnement de l’esprit » et lâcher cette projection sur une toute puissance sup-posée. Cette croyance peut créer des obstacles.

La bénédiction fait partie du jeu entre notre dimension ultime et notre karma. Elle se manifeste à cha-que fois que l’on s’ouvre. La confiance et la bénédiction vont souvent de pair.

Mais que peut-on en faire ?

Dans la psychothérapie bouddhiste elle peut très bien opérer par exemple lors de récitation de mantras. Ceci fait du bien à l’analyste et par conséquence à la situation.

La psychothérapie et la thérapie bouddhiste D’une manière générale les techniques utilisées en psychothérapie ne peuvent nuire que si elles sont mal appliquées.

Il faut éviter de rester cloisonné dans une seule approche thérapeutique (ex :junguienne et freudienne) car il n’y a pas de contradiction véritable entre chacune. Il ne faut pas exclure qui que ce soit. Ken Wilber dans un de ses ouvrages donne la possibilité de trouver des points de repères, une notion de la vie, une manière de pouvoir s’exprimer de façon plus simple. ( ?)

-  Développer une personnalité saine

Les techniques du dharma sont une aide pour retrouver une santé fondamentale, une personnalité saine. Mais comment la décrire ? On peut dire que cette personnalité saine est remarquable car elle s’appuie sur les six paramitas et est alimentée par l’amour et la compassion.

« La personnalité saine est celle d’un bouddha, d’un être éveillé, tous les autres êtres sont malades. Ce qui définit un être éveillé : il a une conscience pure qui voit ce qui est, tel que c’est, sans que sa vision soit limitée, déformée par le moi etc. Ce qui caractérise cette conscience c’est qu’elle est omnisciente, bienveillante, omniprésente, pleine d’amour, de joie, de sérénité et met les paramitas en actes de com-passion d’une façon totalement naturelle ».

Le manque de générosité, le manque des qualités éveillées est le symptôme d’une personnalité non saine. La source des qualités se trouve dans l’amour et la compassion.

La folie qui est l’exemple même d’un esprit non sain, est due à la très forte intensité de la saisie égo-centrique.

Il est dit dans l’Abidharma que ce sont les facteurs mentaux nuisibles qui créent la souffrance, il y est décrit le processus mène à la souffrance.

Jung appelle la santé fondamentale : le soi. C’est l’aspect positif (l’atman) qui est transcendant aux phénomènes psychologiques ordinaires et aux identifications psychiques habituelles. Un Freudien lui, ne parle pas de santé fondamentale, il n’y a pas cette chose (cet état ?) qui dépasse, qui englobe le fonctionnement psychologique ordinaire.

Il faut prendre garde que le soi (atman), la santé fondamentale, ne devienne pas une chose, une âme qui existerait véritablement. Sinon on va de nouveau vers une identification. Cela fait une différence avec l’approche du dharma car dans le bouddhisme, même la santé fondamentale n’existe pas en tant que chose. Il faut trouver un autre mot pour parler du « moi ». On ne va pas construire un moi. Il faut abandonner les termes de la thérapie. Il faut ne pas utiliser des paroles qui vont faire barrage à la compréhension du dharma.

Au lieu de dire construire le « moi », on pourrait dire : construire une personnalité saine.

L’important est d’avoir le regard juste. Il faut abandonner la saisie sur un idéal inaccessible au départ. Il faut changer, pour commencer, un instant de motivation ordinaire par un instant de motivation juste. La psychologie de Bouddha pourrait également s’appeler « l’art des petits pas ». C’est la psychologie de la motivation juste, du regard juste.

-  Trouver notre espace intérieur et laisser nos enfants « être »

« Autrefois les enfants souffraient moins qu’aujourd’hui d’avoir été mal aimés par leurs parents. Dans une civilisation telle que celle du Tibet, les enfants vivaient au sein d’une famille élargie avec de nom-breuses personnes autour d’eux (père, mère, grand père, grand mère, oncles et tantes etc.). Les parents, en étant suffisamment bien dans leur peau, arrivaient à être de meilleurs parents nourriciers que ne le sont les parents aujourd’huidans les familles éclatées. Les enfants jouissaient d’un espace. Maintenant nous avons un travail à faire en plus de ce qui existait autrefois et qui est du domaine fondamental à la base : quelle est la motivation de fond, est-ce que je peux être bon ?(est-ce bien dans le sujet ?) »

On a perdu l’habitude de laisser les enfants simplement « être ». Dès qu’ils grandissent, vont à l’école ou autre il faut qu’ils fassent quelque chose, on ne leur laisse pas la place pour qu’ils se déploient en tant qu’individu( ? ). Ceci crée une contraction dans l’esprit qui provoque ensuite l’impossibilité de rester là, il y a toujours un mouvement vers l’avant. Cette réactivité empêche de rester dans l’expérience immédiate. Si entrer en amitié avec soi-même c’est rester en contact avec ce qui est là, avec l’expérience immédiate et qu’une personne ne peut pas, le thérapeute doit créer cet espace d’accueil, servir de miroir pour ramener la personne à chaque fois.

On pourrait dire également que l’enfant a besoin d’une certaine identification pour pouvoir faire sa vie.

Un enfant a besoin de suivre l’exemple de son entourage de s’identifier avec, l’identification saine sera celle qui suit le bon exemple. Au début ce sera celui des parents, puis de l’école ensuite du Bouddha... Une identification saine, aide la personnalité saine à se développer.

Il faudrait développer une structure pour « laisser être », sans que le patient s’échappe à tout instant. La question est : je m’échappe tout le temps de ce qui est là, comment puis-je alors m’accepter et m’apprécier ?

L’acceptation de soi même : c’est le travail à faire.

-  Avoir confiance, se détendre et prendre refuge

Une confiance entre le malade et le thérapeute doit s’installer. Elle donne la possibilité à la personne de lâcher. Le travail du thérapeute permet de ralentir le processus mental, ce qui induit un minimum de stabilité (shiné). Dans le cas où il se produit un emballement, il peut ramener la conscience de la per-sonne au corps, aux sensations physiques. Ca lui donne la possibilité de rester en contact avec une résonance physique et verbale et de moins saisir les pensées.( ?)

Le thérapeute doit lui même lâcher et ne pas chercher à maîtriser (vouloir maîtriser, n’est-ce pas dû à un manque de confiance ?) ainsi il a le sentiment d’être présent, sans jugement. En effet vouloir maî-triser provoque une tension, une contraction qui nuit à l’authenticité de la relation.

Lorsque la confiance est installée entre le thérapeute et le patient il y a la possibilité de faire passer quelques mots, quelques conseils inspirés par le dharma. Si on cherche, d’une manière très intellectuelle en réfléchissant, à comprendre pourquoi on ressent un malaise, cela influe sur les énergies intérieures qui restent bloquées sur le haut du corps ; il y a alors une perte de contact avec l’expérience immédiate. Il semble pourtant que l’on puisse faire confiance sans passer au crible d’une analyse qui tente de tout comprendre.

A un moment on comprend qu’il n’y a pas de solution pour le passé. N’existe-t-il pas une voie possi-ble qui tienne compte de ma biographie ? Si je ressens un malaise, puisqu’il y a en face le thérapeute qui me donne de l’espace, ne puis-je pas recontacter cette masse nébuleuse qui crée ce malaise en moi et simplement rester avec ça et me détendre ?

« Certaines personnes peuvent avoir confiance en le thérapeute mais également dans l’école qu’il re-présente. D’autres ont confiance dans le personnage officiel, le médecin, l’hôpital, la médecine, pour eux ce sont des refuges. Elles apprennent en fait, à prendre refuge avec ce qui en eux-mêmes, est ca-pable d’avoir une bonne relation avec le personnage d’en face. Cependant au départ si il n’y avait pas en eux cette confiance fondamentale, ils ne l’auraient pas envers l’organisation scientifique, la médecine etc. »

Cette confiance là, c’est un travail préparatoire au refuge véritable.

On a vu certain retraitants (de trois ans) qui n’avaient pas trouvé le refuge en eux, avoir encore besoin de l’autre comme refuge ( ?).

On ne peut pas commencer une pratique méditative si on n’a pas une prise de contact avec soi-même. Après la démarche avec un thérapeute, quand on se découvre la capacité de gérer une situation en res-tant en contact avec soi même, ceci devient un refuge intermédiaire sur lequel on peut s’appuyer : rentrer en amitié avec soi, retrouver l’estime de soi. On retrouve un « bon moi »

« Ensuite on va vers ce qui est transcendant ».

-  Apprendre à s’aimer, la solution ?

Dans la psychothérapie bouddhiste, il est important d’amener les gens à prendre conscience de leurs motivations négatives (plus ou moins refoulées) pour qu’ils amorcent un changement. Il leur faudra peut-être dix ans pour apprendre à s’occuper d’eux avant qu’ils soient capables de s’occuper de l’autre. On va leur proposer de faire un peu comme dans le lodjong : commencer avec soi-même.

« On retrouve cela au niveau méditatif de même qu’au niveau thérapeutique. On fait un peu le même travail au niveau de la recherche sur les émotions et en voir leur nature. La culture et l’amélioration des sentiments positifs : se souhaiter des choses positives, c’est le plus difficile. La méthode est facile mais dans la réalité, porter de l’amour à quelqu’un qu’on aime bien et à tous les êtres ça semble ne pas poser trop de difficultés, mais envers soi-même c’est là qu’il y a problème, c’est là que les gens ont des obstacles ».

Si je suis coupé de moi, n’est-ce pas une illusion que de croire que je vais développer de l’amour en-vers ma famille, mes amis etc. ? Est-ce qu’il n’y a pas quelque chose de faussé à la base et qui a besoin d’être réajusté petit à petit ?

« Comme toujours, la réponse est oui et non. Oui, car si il n’y avait pas un minimum de possibilité, la personne ne serait pas venue voir le thérapeute ou ne serait pas venue participer à la session de médi-tation. Non, car les obstacles karmiques sont là et rendent cela très difficile. C’est quand on demande aux gens de faire quelque chose de facile, élémentaire du moins en apparence, quelque chose de fon-damental cependant, ils s’aperçoivent qu’ils ne peuvent pas. Il est intéressant qu’ils regardent en eux pourquoi ils ont des difficultés à le faire. Alors apparaissent toutes ces choses négatives dont ils n’avaient pas conscience. » En fait il faut arriver à trouver les petits pas qui sont possibles dans la thérapie ou la pratique du dhar-ma.

La maxime « commencer par soi même » est très importante. Certains retraitants (de trois ans) sont restés un, voire deux mois sur l’acceptation de soi même. Bien sûr on peut toujours donner même si on est prisonnier de soi-même.

S’accepter soi même c’est aussi accepter son karma présent et son karma futur, c’est la prise en charge de son karma. plus que de faire le don avec soi même.

Ce serait intéressant que des psychothérapeutes écrivent un article sur ces petits pas à faire au début, avant d’être capable de pratiquer le dharma en grand. Ceux qui n’arrivent pas à faire ces petits pas ne peuvent même pas à contempler l’impermanence, le karma, la souffrance, c’est trop difficile pour eux.

-  La psychothérapie bouddhiste est la psychothérapie de la motivation

Se souhaiter des choses positives (cf. le tonglen du lodjong), voir ses qualités propres, c’est une étape difficile car avant cela, il y a de nombreux obstacles à franchir. Le patient a développé des mécanis-mes plus ou moins conscients liés à ses peurs. Cette étape se fait à petits pas - on commence à s’accepter soi-même. Les psychothérapeutes aident à franchir cette première étape afin que le patient puisse continuer à progresser. En développant une appréciation de mes propres qualités n’y a-t-il pas le risque de devenir égoïste ? Est-ce que je peux être « bon » ?

Quand les personnes ont acquis une certaine liberté de conscience elles se demandent si ça ne rend pas égoïste. On peut les prendre au mot car il y a un égoïsme sain et un égocentrisme non sain. Ca dépend de ce qu’elles en font. Le risque est là et il faut être vigilant dans la manière d’enseigner.

Oui, je peux être bon, si j’évite de m’échapper tout le temps car il est alors impossible de m’apprécier. Il me faut rester en contact avec « ce qui est là », laisser être. Cela mène à une acceptation de moi-même, mais sans rester fixé sur une histoire personnelle, c’est la « résiliance », je fais de mes blessures une force. C’est une voie possible tenant compte de la biographie de chacun, mais il faut réaliser que la cause est toujours dans l’instant. Alors les souvenirs deviennent plus légers.

-  A propos de la psychose

Le dharma est stabilisateur. Bien sûr il faut utiliser les bons moyens du dharma au bon moment. Ce qui nous rend instable c’est la saisie égoïste, c’est elle qui génère la souffrance. C’est sur cette saisie égoïste que l’on travaille avec le dharma. Le dharma déstabilise les gens qui l’appliquent mal ou qui le comprennent mal. Certains, parfois ne peuvent même pas entendre les mots du dharma !

Il faut faire attention avec les personnes ayant une structure psychotique car il faut éviter de les con-fronter à eux-mêmes (dévalorisation de soi), il faut qu’ils soient dans une thérapie constructive. Des gens ayant un coté psychotique, qu’on a mis en retraite, se sont retrouvés par la suite un an en asile psychiatrique. Il y a des choses à reformuler d’une façon très claire.

Noyau psychotique. : tendances fortes, l’esprit est sous pression et saisit les mouvements de l’esprit, tous les mouvements mentaux, tout est rapporté à soi, jusqu’à développer une psychose. Cette ten-dance ne se dissout pas si on n’est pas mis dans une situation où ces genres de saisies se manifestent. Très souvent cette tendance est très difficile à cerner même avant une retraite.

« J’ai vu des compensations psychotiques même chez des gens qui n’étaient pas en situation extrême de retraite de trois ans. »

La crise psychotique vient d’une blessure datant de l’enfance, bien avant que l’ego ne soit en place chez l’enfant.

La voir (la crise) ainsi c’est le faire avec des concepts de psychothérapie. Au niveau du dharma ce n’est pas comme cela. La saisie égoïste est bien en place puisque tout est rapporté à soi. Il n’y a pas de personnalité saine. Du point de vue du dharma, la saisie égoïste existe déjà avant la naissance puisque c’est elle qui détermine l’entrée dans la matrice.

A cet âge, tout est « moi » : la porte est moi, la chaise est moi. On ne peut pas parler d’égoïsme, il n’y a pas de personnalité puisque il n’y a pas de différence entre la porte et mon bras, toi tu es moi !

Il s’agit ici de la « saisie égocentrique » pas de l’égoïsme, il n’y a pas de jugement.

Quand on parle à un psychotique on ne va jamais lui donner d’enseignement sur la vacuité. Il peut être nécessaire parfois de parler de la non saisie, mais très rapidement et très concrètement.

-  Vocabulaires

Le vocabulaire est très important, si on n’en trouve pas un commun il y aura toujours un mauvaise compréhension entre bouddhistes et thérapeutes.

Le vocabulaire utilisé dans la psychothérapie, sert au thérapeute, de point de repère ; le patient n’y attache pas la même importance.

Le dharma doit aussi comprendre ce que veulent dire les termes utilisés en thérapie.

Dans la psychothérapie bouddhiste, il faudrait utiliser des mots compréhensibles par tous, mais qui tiennent la route au niveau du dharma (dont le vocabulaire, instauré par le Bouddha, est utilisé depuis 2500 ans).

Le problème des concepts en psychothérapie par exemple, c’est que, quand on les utilise longtemps ils deviennent comme existants dans notre être. Du fait d’une formation dans le dharma qui n’utilise donc pas ces concepts, ceux-ci semblent aberrants même en comprenant leur signification. Ce qui veut dire qu’il faut trouver une forme d’expression encore plus juste. La « non existence du soi » est un terme clé , la base du dharma, il faut donc être bien d’accord sur la signification de ceci. La « personnalité saine » est une expression tirée de l’Abidharma qui est l’expression de ce qu’est un « soi » conven-tionnel.

« Point délicat dans les discussions : le mot « moi ». Il a acquis un certain sens : organisation fonctionnelle utile, voire nécessaire ; mais le danger de garder le terme de ce « moi évolutif » c’est de « l’absolutiser ». Cela fournit alors l’occasion à l’ego de tomber dans l’illusion du « moi ». Mais le « moi » dans ce sens là, a une réalité fonctionnelle (décrite dans des textes). Cliniquement parlant il y a une certaine utilité de dire : un tel a un moi fort ou faible, non structuré etc. C’est ainsi qu’on décrit un certain nombre de caractéristiques d’une personne. Pourtant l’emploi de ce mot peut présenter un quelques dangers. Ce mot est le même que celui employé dans le dharma et qui veut décrire ’l’illusion fondamentale’. »

Ce qui mène à la mécompréhension omniprésente : le dharma déstructure le moi ! Ceci est aberrant car le « moi » dont il est question, c’est la « personnalité saine », qui est encouragée et stabilisée dans le dharma. Un bouddha est celui qui a le « moi » le plus stable qu’il soit.

Quand la personnalité est saisie comme un « moi », c’est là que se crée l’identification et c’est cette identification qui rend instable. La difficulté qui réside actuellement, est de bien comprendre les diffé-rences entre le « moi » en psychothérapie (qui est un processus aidant à développer un fonctionnement sain), le « non soi » dont parlait le Bouddha (qui est la compréhension profonde qu’il n’y a rien à saisir comme étant éternel) et le terme « ego ». Certains lamas parlent de « lâcher l’ego » au lieu de parler de lâcher la « saisie égoïste ». C’est une erreur. C’est à cause de cela qu’il faut vraiment trouver d’autres termes qui ne portent pas à confusion.

On pourrait utiliser également le mot « identification » ou « personnalité saine » pour remplacer le mot « moi » dans la psychothérapie bouddhiste.

On entend : « je ne peux pas pratiquer le dharma parce que je n’ai pas un « moi » assez fort » c’est très courant ou : « Je ne peux pas pratiquer le dharma parce qu’il déstructure l’ego et que moi je suis dans une phase où j’ai besoin de l’ego » : ce sont des erreurs faites à cause d’une non compréhension du sens du vocabulaire utilisé.

« Le dharma ne déstructure rien qui soit utile ou indispensable, il déstructure les illusions ! L’ambiguïté du mot « moi » dans un discours fait que l’on ne sait jamais à quoi se réfère la personne qui l’utilise. Tout processus de transformation est un processus de mort et de renaissance. Même si la mort a quelque chose de douloureux elle amène à une renaissance agréable. »

En psychothérapie, quand on travaille avec le « moi », on travaille avec les attachements au corps.

« On ne doit pas tout mettre au même niveau, quand on parle de « non soi » on touche la réalité ultime. La réalité relative c’est l’existence d’un « moi » relatif. »

Qu’est-ce qui est touché quand il y a saisie, notamment dans les états psychotiques, qu’est-ce qui est ébranlé en soi ? Plus il y a une saisie forte, plus l’ébranlement est fort.

« Ce sont les fonctions du « moi » qui bougent, qui sont altérées. »

Certaines identifications sont tolérées dans le processus avec un disciple : moi je pratique le boud-dhisme. Cette identification (par ex.) n’est pas tout de suite nuisible mais qui peut devenir une forme de souffrance lorsqu’elle devient trop forte. Il faut regarder plus profondément dans ce qu’on appelle le « moi » : il y a le coté qui ne sera jamais à abandonner qui a un bon fonctionnement et il y a la partie de l’identification qui va créer le souffrance. Les deux vont ensemble. Le Bouddha est d’accord avec le bon fonctionnement, mais il dénonce l’identification qui est la source de toutes les émotions. C’est celle-là qui est à abandonner. En conclusion on peut dire que dans le fonctionnement du « moi », il y a une partie à garder et une autre à abandonner : la personnalité saine est à garder, l’identification est à abandonner.

Si on arrive à formuler les phrases centrales de l’enseignement du Bouddha, on peut retrouver les mê-mes approches dans la psychothérapie. L’impermanence, la souffrance et le non soi sont les trois pre-miers enseignements à citer. Mais si maintenant si on garde les significations du « moi », du « soi » qu’en donne la psychothérapie, en voulant les appliquer à ces enseignements, on sera toujours dans cette incompréhension.

-  Recherches sur les vies passées, leur impact sur la vie actuelle et la preuve de la réincarnation

Il est nécessaire de voir les tendances qui nous animent, celles-ci sont le résultat d’habitudes prises depuis très longtemps, un examen de la vie présente ne suffit pas cependant à les expliquer. Elle sont dues à un karma antérieur qui doit être pris en compte dans la vie actuelle.

Il est nécessaire de clarifier ce que peut être le souvenir d’une vie antérieure par rapport à une expé-rience spirituelle. Un souvenir authentique de vie antérieure s’apparente à unevisionphotographique, à un fait concret et précis qui a un impact traumatique. Ce sont des images qui reviennent. Lorsqu’il s’agit d’une expérience spirituelle, c’est la nature de la personne qui s’exprime, il n’y a pas d’histoire réelle. Ces expériences peuvent amener à la compréhension des causes d’une souffrance. On peut y voir un fonctionnement répétitif et ensuite s’en libérer.

Un ami( ?) de JP Schnetzler a expérimenté un souvenir de vie antérieure qui l’a amené au boud-dhisme. Ce n’était pas spécialement confortable car il était issu d’une famille catholique.

JP S. a eu le cas de trois patients ayant des souvenirs spontanés de vies antérieures. C’étaient des vies difficiles : une vie en camp de concentration - un viol suivi d’un assassinat - une fusillade à la libéra-tion. Elles sortent du cadre de ce que l’on aime à retrouver.

Lama Lhundroup ayant eu une expérience (dans la méditation) du monde des enfers, L. Guendune Rinpotché lui a conseillé d’en parler car ce peut être une aide pour mieux comprendre comment l’esprit peut se projeter au travers d’un corps mental, dans des souffrances terribles.

Les témoignages d’expérience de vie infernales sont minoritaires. Les personnes les ayant expérimen-tées ne veulent pas en parler par peur de passer pour des fous ou parce qu’elles développent un senti-ment de culpabilité. Un processus de refoulement peut également s’en suivre, il y a alors oubli.

Il peut y avoir une fixation très forte par rapport à une expérience de cet ordre, il faut alors la dénouer. Pour ceci on peut aborder l’expérience comme si c’était un rêve nocturne, ne pas lui donner plus d’importance. En faire le récit peut être suffisant, on constate simplement.

Il serait possible de répertorier ce type d’expérience car elles décrivent un terrain d’expérience hu-maine : nous sommes concernés ici et maintenant Il existe une échelle dans la nature de l’être qui part des enfers (cauchemars) passe par les êtres errants (esprits avides), les mondes animaux, humains et les mondes divins. Dans cette description de la nature des êtres il faut également considérer l’état de fantôme et les intervalles du bardo de la mort. Dans les cas de bardo, une personne peut y rester « coincée » à cause d’un mono-idéisme (une idée fixe) et ressentir une grande souffrance et frustra-tion. C’est souvent le cas de personnes mortes de mort violente (ex : assassinées) qui refusent leur mort et restent comme collées au lieu de l’accident : « j’ai tout perdu, je n’ai plus rien et il n’y a pas de solution ». En ce qui concerne ces cas : les fantômes, travailler avec des clairvoyants authentiques est indispensable. les hallucinations doivent être détectées. Suite au décès de quelqu’un il peut rester aussi une énergie subtile, non consciente (le « la » ( ?) en tibétain) sur le lieu de vie du défunt.

Les observations des états cliniques d’expériences de la mort imminente [N.D.E.(near death experien-ces)] sont également à prendre en compte. JPS. a répertorié une cinquantaine de ce type d’observations. Certaines personnes ont parlé également d’un passage par des états infernaux ; ici la relativité du temps est très manifeste car au cours de d’une expérience de deux minutes, une personne eut le sentiment que cela avait duré extrêmement longtemps.

Steventson a publié plusieurs ouvrages très conséquents relatant les témoignages de vies antérieures. Dans ses livres, un véritable travail scientifique rigoureux d’enquête et de recherche a été mené. Deux mille sept cent cas ont été archivés et depuis la parution encore 300 à 400 autres nouveaux cas ont été prouvés. Il a également opéré des recherches sur des témoignages en Europe et a fait état de 32 cas de souvenirs précis de vies antérieures. Quatre équipes universitaires ont repris ses travaux et les ont con-firmés. En conclusion on peut dire que « la réincarnation est un fait scientifique prouvé ».

Ce travail a l’avantage d’enlever le doute à un grand nombre de personnes à ce sujet. La loi du karma peut alors être mieux comprise, une vision à long terme s’établir et la prise de conscience de l’importance du refuge véritable s’installer.

En Europe la croyance en la réincarnation est moins courante que dans les pays asiatiques, en Inde et en Afrique. Des recherches historiques montrent que celle-ci était bien présente chez les anciens mais que pour diverses raisons politiques ou autres, elle a été réfutée par l’église catholique et autres reli-gions chrétiennes. Cependant 34% des catholiques pratiquants y croient, 24 à 25% des français égale-ment. Pour les bouddhistes sympathisants et pratiquants 62% y adhèrent.

 

Huit points clé proposés par L.Lhundroup, conseils de JP S à leur sujet et réflexions diverses

1 / Se baser sur les enseignements du Bouddha Sakyamouni lui même, enseignements ayant leur source dans le canon Pâli. Car ils sont une référence pour toutes les écoles bouddhistes. Ils serviront de « fil rouge » et de base de réflexion. Les quatre fondations de la vigilance serviront de base pour cha-que sujet. Karmapa et Gyaltrul Rinpotché souhaitent ce retour aux sources.

« Cette source Pâli est véritablement complète, elle est acceptée par toutes les écoles : Théravada, Zen, Kagyu etc. »

2 / Remarque : les buts centraux de la psychologie bouddhiste sont identiques à ceux du Dharma du Bouddha.

Ils sont des bases qui aident à éviter les erreurs sur le chemin vers l’éveil. Il ne faut pas éta-blir de fausses notions telles que : c’est le corps qui parle (car c’est toujours l’esprit) ou « je » existe véritablement (psychosynthèse). Il est question également de « l’enfant intérieur », certains psychothé-rapeutes en font une chose réellement existante. C’est à éviter bien que ce terme contienne une cer-taine vérité.

« En effet, un thérapeute peut créer des obstacles à cause de sa vision du monde. Il faut donc dévelop-per une vigilance, même dans le mahamoudra et cela nécessite plus de bodhicitta. »

Est-ce que le subconscient existe véritablement ? Dans le dharma tout peut devenir conscient. En ce qui concerne la conscience dans les rêves, peut-on devenir libre de nos propres rêves ? Comment sont les rêves des êtres réalisés ? Les êtres réalisés sont libres des fortes émotions et peuvent avoir des nuits sans rêves ; de toutes façons au réveil leur esprit n’est pas troublé. Ils ont une liberté par rapport aux phénomènes psychiques.

Certains concepts dans la psychothérapie se heurtent au dharma.

« En effet Freud plutôt antireligieux, avait développé un aspect très réducteur à ce sujet ce qui avait amené à une sorte de « chosification du moi » à cause de ses concepts très matérialistes. Donc par rapport à ceci il est nécessaire de prendre de la distance. Il avait d’ailleurs tendance à supprimer ce qui n’allait pas dans son sens. Selon lui il est impossible de sortir du « dualisme fondamental », on peut seulement le tolérer, l’accepter. Il y a pulsion constructive ou pulsion de mort. L’inconscient, toujours selon Freud, ne peut rien savoir de la mort, de la nature ultime de l’être. Ceci est en contradiction avec les enseignements du dharma : cette nature ultime est expérimentée chaque fois que l’on s’endort ou avant de se réveiller. »

3 / Les méthodes utilisées par les psychothérapeutes bouddhistes doivent être en harmonie avec le dharma. Y a-t-il des méthodes dangereuses ?

« Certaines méthodes peuvent être dangereuses, mais toutes les méthodes seront bonnes si elles sont bien utilisées et mauvaises si elles sont faussées. Les techniques analytiques ne sont pas mauvaises si l’esprit du thérapeute est dans le dharma. Si certaines méthodes comportementales sont appliquées avec un point de vue matérialiste réducteur, on court à la catastrophe. Il existe des méthodes provo-quant les émotions chez les personnes : « encounter therapy ». Ces genres de méthodes sont discuta-bles car elles démolissent les défenses de l’autre avec une violence incompatible avec le dharma. »

Les patients en ressortent abîmés, ils craquent car il y a un non respect des limites.

Dans les méthodes telles que le « rebirth », la pondération est très importante. Le problème est que, bien souvent, il n’y a pas de suivi et de plus certaines personnes recherchent les expériences.

Il faut veiller à ne pas manipuler, ne pas forcer le processus, respecter l’autre et être non violent. On peut peut-être établir un contact physique, par exemple tenir dans les bras, poser la main sur le ventre etc. Mais c’est très délicat, cela ne marche pas avec tout le monde, il y a aussi le risque de créer un attachement très fort du patient envers le thérapeute (risque le ralentir la guérison). Il peut y avoir un contact en touchant les parties osseuses qui permet de sentir la solidité du corps.

« Il faut choisir la méthode adaptée à la situation . Il faut que les thérapeutes soient bien formés mais éviter ils doivent éviter d’avoir un idéal absolu. »

4 / Si on arrive à formuler les points centraux du dharma, on est au cœur d’une psychothérapie bouddhiste ...Y sont incluses les pensées sur l’impermanence, la mort, la souffrance du samsara, la loi du karma, le non soi personnel et des phénomènes, la compréhension de ce qu’est le refuge, le dévelop-pement de l’amour et de la compassion. Comment mettre ceci en évidence dans l’approche thérapeuti-que ?

« C’est un changement radical car il introduit une vision métaphysique. Les Quatre Nobles Vérités sont suffisantes. Par rapport à elles, lorsqu’on veut soulager le souffrance, on va chercher la cause : l’attachement à l’ego, aux phénomènes conditionnés. Le thérapeute bouddhiste peut donner l’exemple (par sa profonde conviction) de ce qui peut être fait pour aller au-delà de la souffrance car il a expéri-menté sa méthode et se trouve quelques pas en avant. Dans sa méthode de travail il peut utiliser des sentences, des phrases choc susceptibles de provoquer un éclair de conscience. »

Quand le patient est pris par une forte émotion, le thérapeute peut lui proposer de regarder où se situe dans son corps, cette émotion. Le patient prend conscience que cela bouge, il a alors une expérience de l’impermanence. Une confiance peut s’établir ensuite en lui.

Créer une conscience de ce changement continuel amène à comprendre ce qu’est la loi de cause à effet : telle émotion engendre tel comportement qui crée un besoin. Ce ressenti corporel évite également de se perdre dans le mental.

« Une confiance fondamentale dans l’homme-thérapeuthe peut s’installer. C’est une sorte de prépara-tion vers le refuge. Il faut savoir accepter d’être le refuge de l’autre ».

On a besoin de l’autre quand on n’a pas trouvé le refuge en soi même. Ensuite, quand la personne est prête, on peut lui mettre le refuge entre les mains, elle peut alors prendre refuge d’une manière plus profonde : entrer par la porte du dharma. Il y a ensuite une prise de contact très profonde avec soi-même, des évidences apparaissent puis émerge une estime de soi.

« Le « bon sens » est très important : le thérapeute représente le sens de ce qui est bon ».

Le dharma stabilise l’esprit quand on utilise les bons moyens au bon moment. La saisie égocentrique c’est ce qui rend instable.

Il est important de donner des repères précis afin de découvrir une psychose latente (en retraite par exemple) et ne pas donner par exemple d’enseignement sur la vacuité. Il faut déceler quand quelqu’un se trouve dans une forte résistance.

On doit formuler les choses différemment. les mots utilisés dans la psychothérapie bouddhiste doivent être choisis, il faut éviter les paroles faisant obstacle à la compréhension du dharma. Il ne faut pas utiliser de faux concepts mais des mots compréhensibles par tous. Par exemple définir ce qu’est une personnalité saine, ce qu’est le « moi » conventionnel etc. C’est un travail très important que celui de bien définir un vocabulaire commun.

Si on arrive à formuler dans un langage commun les phrases centrales du Bouddha, on les retrouvera dans la psychothérapie bouddhiste.

A propos de ce que peut être une personnalité saine : « saine » sous-entend que l’on abandonne une identification. C’est grâce à la reconnaissance en soi de la nature de Bouddha que l’on peut lâcher cette identification., il n’y a plus d’appropriation. On suit le bon exemple (du Bouddha) qui aide au développement de cette personnalité saine. Elle se développe en s’appuyant sur les Paramitas. On peut dire qu’à partir de là un « ego altruiste » va se développer, le fonctionnement habituel sera plus léger.

« C’est cet idéal qui donne la direction ».

5 / Les buts centraux du dharma sont ceux qui caractérisent le chemin qui mène à l’éveil sans lesquels on ne peut pas parler d’un chemin bouddhiste. Ils sont ce que proposent les différentes traditions bouddhistes : ce sont les paroles du bouddha Sakyamouni.

Il est important de travailler sur une impartialité et sortir du seul point de vue de la tradition Kagyu pour s’ouvrir aux différentes approches se basant directement sur les paroles du Bouddha Sakyamouni.

Il faut donc déterminer quels sont exactement les enseignements clé.

« Il faut utiliser les trois entraînements de l’esprit : l’éthique (shila), la concentration (samadhi) et la vision pénétrante (prajna).

6 / Les psychothérapeutes bouddhistes ont une pratique personnelle de la méditation afin d’en déve-lopper l’expérience.

7 / La psychothérapie bouddhiste met en application les vérités expérimentées dans le dharma pour les appliquer dans le travail des thérapeutes consistant à aider les personnes en difficulté. Elle est bien évidemment ouverte à toutes les personnes venant de confessions différentes. La thérapie bouddhiste est ouverte à tous.

8 / La psychothérapie bouddhiste filtrera les méthodes utilisées dans le dharma et les écoles thérapeutiques, pour garder celle utiles à long terme. Ceci pour les personnes ayant besoin d’un soutien théra-peutique sur le chemin bouddhiste. C’est le travail à long terme qui nous intéresse à ce niveau.

« En effet car la vision spirituelle prend en compte le bien utile suprême. Ceci élimine ce qui est se-condaire et peu efficace. »

Dans le long terme on entend également la mort et les vies suivantes. Quel karma crée le patient qui vient voir le psy.(avec des mensonges par ex. ou autre...). Le thérapeute doit rester aussi neutre que possible, mais rend-on véritablement service si on ne se positionne pas ?

« On peut signaler au patient que son comportement est nuisible pour ceux qui en sont « victime » et pour lui même.. Face à des personnes irresponsables il faut parfois leur dire quel comportement ils doivent avoir. On peut utiliser la psychothérapie comportementale. »

Un psychothérapeute bouddhiste peut-il parler de l’éthique ? Certains thérapeutes allemands s’affichent comme thérapeutes chrétiens...

« Cela dépend de la relation avec le patient. Si il est capable de se prendre en charge, on n’a pas besoin de se substituer à lui ; mais lorsqu’il est victime de pulsions non maîtrisées, si il y a un trouble du jugement on est obligé de le faire. »

Le thérapeute peut être un éducateur mais il doit savoir préserver la relation car dire ne suffit pas tou-jours. Un psychothérapeute ne doit pas être interventionniste, mais si il se trouve en face d’une situation spéciale (comme un inceste par ex.) il doit amener la personne à prendre conscience de ce qu’elle fait.

A chaque niveau de maturité correspond une éthique. Ce n’est pas une question d’âge.

En quoi l’éthique est-elle facteur de soin ? Le conseil peut voiler ce que ressent la personne. Il faut en fait accompagner pour amener l’autre à se révéler : c’est un peu comme un accouchement. Il faut savoir poser les questions.

« Un thérapeute peut avoir la possibilité d’enseigner le shiné si son maître lui donne l’autorisation ».

 

Quelques questions et réflexions :

-  Quelles sont les méthodes de la psychothérapie qui peuvent aider sur le chemin du dharma ?
-  Pour une approche bouddhiste de la psychothérapie on doit : a / poser un cadre, b / avoir des théra-peutes bouddhistes formés, c / appliquer ce qui est compris. Faut-il préciser ceci en plus de détails ?

« Il est indispensable de poser un cadre général et insister sur ce qu’est la nature de Bouddha. Cette compréhension (de la nature de Bouddha) montre le but ultime. On doit également prendre en compte l’histoire de la personne, son karma afin de pouvoir l’en libérer, la soulager de ses tendances. C’est à dire prendre en compte les vies antérieures et la vie actuelle. » Dans le cadre d’une vision holistique de l’homme on doit également tenir compte de certaines capaci-tés paranormales (siddhis) telles que la télépathie, la clairvoyance, la psychokinèse etc.

« Il faut être vigilant, ces phénomènes existent mais il peut y avoir une dérive et devenir du délire ou des images compensatoires chez certains individus. Il y a le cas de personnes qui au cours de leur vie ou pendant leur méditation ont fait des expériences sortant de l’ordinaire et qui ne savent pas quoi faire avec ceci. Si le cadre spirituel est bien placé tout ira bien. Le problème se pose quand ce qui se passe échappe au cadre courant. Il est donc nécessaire d’amener ce sujet dans les discussions. »

Il faut développer une ouverture envers les techniques thérapeutiques diverses (effacement des barrières entre les diverses écoles).

Les visualisations sont utilisées aussi bien dans les pratiques du dharma que dans certaines techniques thérapeutiques, mais la visée n’est pas la même. Les facteurs mentaux donnent une direction mais pas forcément des outils. Par exemple on peut avoir pour objectif le bien des êtres mais la motivation profonde est le malaise que l’on ressent. Mais cet objectif (du bienfait des autres) pourrait nous servir à nous éloigner encore plus de ce malaise, de soi. Quels sont alors les outils que nous pouvons utiliser avec la direction de départ, afin de déblayer cela et avoir un regard juste sur notre réelle motivation, celle qui nous pousse à pratiquer de cette manière.

 

Expérience de Jean Pierre Schnetzler

Comme il est n’est pas possible dans une institution telle qu’un hôpital de parler du dharma (comme de toute autre spiritualité généralement), en tant que psychothérapeute bouddhiste, JP Schnetzler a fait passer dans sa façon d’être, son engagement dans la voie du Bouddha ; par exemple mentalement il récitait des mantras. Ses convictions spirituelles l’ont toujours aidé quand il lui fallait prendre une décision.

C’est l’idéal bouddhique qui l’a amené à la psychiatrie. Il a ensuite développé une vision globale de ce que peut être la thérapie mentale conjuguée au bouddhisme, cette vision globale n’étant pas conflic-tuelle. En effet le Bouddha est le « Grand Médecin » et la guérison qu’il propose amène à une santé parfaite : le nirvana, l’état de Bouddha. Cette guérison s’établit en s’appuyant sur les Quatre Nobles Vérités (de la souffrance, son origine, le chemin pour en sortir et la libération de toute souffrance).

Voilà pourquoi il a mis les techniques de la psychothérapie au service de la vérité fondamentale qu’est le dharma. Dans ce contexte là, toutes les techniques sont utilisables car elles s’appuient également sur l’éthique, la concentration et la sagesse. Ces trois sont de véritables moyens thérapeutiques car tou-jours conformes à la nature profonde de l’être. C’est par elles que se fait le bien d’autrui.

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  RÉUNION AVEC J-P SCHNETZLER À MONTCHARDON. : Compte rendu de la réunion avec Jean-Pierre SCHNETZLER à Montchardon les 29, 30 et 31 septembre 2004.
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