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Synthèse de la Réunion du 28 septembre 2003

mardi 13 janvier 2004

 

Participants

DKL
-  Lama Yéshé
-  Droupla Meunlam

Thérapeutes
-  Baleydier Guy
-  Bénézit Christine
-  Clément Bernard (Lama Trinley)
-  Cochet Agnès
-  Cuevas Henri
-  Gérard Gaël
-  Gérard Pascale
-  Huering Michaël
-  Le Gall Félicité
-  Le Junter Yves
-  Leclerc Franziska
-  Levrault Sandrine
-  Martin Patricia
-  Pécot-Kleiner Murièle
-  Vivier Bruno

Excusés
-  Frit Bernard et Elisabeth

Aux notes
-  Boisset Chantal

Début de réunion : Lama Yéshé donne un petit historique concernant la création du réseau thérapeutique : « L’idée d’une création de réseau thérapeutique est ancienne. Elle est due au fait que Kundreul Ling est un monastère où de nombreuses personne viennent y chercher une aide. Ces personnes sont en général en recherche spirituelle mais il arrive que certaines aient des problèmes, des perturbations psychologiques qui les empêchent de pouvoir aborder une véritable démarche en ce sens. Il faut donc qu’elles reçoivent une aide correspondant à leurs besoins. Voilà pourquoi il a été souhaité l’établissement de ce lien avec des professionnels. C’est également une ouverture qui permet de comparer des méthodes sans qu’il y ait de confusion entre les deux approches (spirituelle et psychothérapeutique). Il est donc important de pouvoir échanger les expériences et d’établir une structure ».

Le souhait des thérapeutes participant à ces réunions est d’arriver à intégrer le dharma dans la pratique thérapeutique. Etablir une thérapie bouddhiste fait partie de ce projet qui peut amener, à long terme, à établir une structure de psychothérapie bouddhiste.

 

Démarche spirituelle et difficultés dans son approche

L.Yéshé : « Qu’entend-on par démarche spirituelle dans le bouddhisme ? Ici, la démarche c’est aider les autres. Il faut également préciser ce qu’est le dharma du Bouddha afin qu’il n’y ait pas de confusion et de mélange des genres ».

Il faut voir l’articulation entre difficultés personnelles et difficultés dans la pratique spirituelle. Qu’est-ce qui fait que l’on a une personnalité suffisamment stable, construite, apaisée, ouverte qui permet (ou non) un engagement dans une autre démarche qui serait spirituelle. Quelle est la santé mentale a minima nécessaire avant de s’engager dans la vie spirituelle ? Quelle est la frontière entre les deux ? Qu’est-ce qui fait qu’une personnalité est suffisamment construite d’un point de vue humain ? Qu’est-ce qui l’amène à moins de souffrance ? Et cependant une personne stable ne s’engage pas forcément dans la vie spirituelle.

L.Yéshé : « On est souvent prisonnier des mots, surtout quand on parle de spirituel, de thérapie. Une démarche, spirituelle ou thérapeutique, amène à passer d’un état de dépendance à un état d’autonomie, de liberté. On peut s’engager dans une démarche spirituelle lorsqu’on est plus autonome, moins dépendant. Le problème se pose quand on est confronté à des personnes très dépendantes, qui ont besoin d’une prise en charge matérielle, physique, psychologique telle, qu’elle ne leur permet pas d’avoir une autonomie suffisante pour véritablement s’engager, se développer, dans une démarche spirituelle. Ensuite on peut faire un constat humain. Lorsqu’on est dans le cadre d’une communauté, il y a des règles à respecter, on observe si telle personne a suffisamment d’autonomie pour pouvoir s’adapter à cette communauté et en même temps constater si sa présence en ce lieu lui est profitable ou pas. Si ses tendances ou ses difficultés s’aggravent lors du vécu communautaire, il faut alors prendre une décision. Les personnes qui arrivent sont loin d’avoir toutes un état d’esprit et une approche véritablement spirituels. C’est quelque chose qui va se révéler, qui s’apprend. »

« C’est en premier une démarche humaine. »

Il est dit que faire une thérapie c’est s’orienter vers l’amélioration de la personnalité (l’ego) alors qu’une démarche spirituelle au contraire, ne structure pas l’ego, la personnalité.

L.Yéshé : « L’idée est de voir si on a une capacité suffisante de remise en cause. Cette capacité se développe à partir du moment où on a un regard sur soi-même au moyen soit de la thérapie, soit de la spiritualité (avec l’aide du lama). L’idée fondamentale, la tradition (qui ne veut pas dire reproduire des schémas figés éternellement), c’est d’avoir la capacité de se remettre en cause tous les matins, être dans une attitude d’ouverture qui fait qu’on apprend autant des autres que de ce que l’on peut donner soi-même. C’est une relation d’échanges qui suppose que l’on soit sur un pied d’égalité. Dans l’approche bouddhiste on considère tous les êtres comme étant égaux, comme ayant le même potentiel. On établit une relation sur ce fondement là, qui donne une liberté et un respect mutuel. Ce n’est pas s’enfermer dans un dogme, une méthode que l’on va plaquer sur les autres, sur les situations. On apprend à garder et cultiver cette ouverture pour être réceptif aux autres, mieux les comprendre. »

En thérapie on ne se place pas dans une position de « savoir ». On est à l’écoute de l’autre.

 

Espoir, crainte, et karma, comment y faire face en tant que pratiquant bouddhiste ?

On peut remarquer une difficulté, une particularité spécifique lorsqu’on aide des personnes engagées dans la spiritualité bouddhiste : ces personnes ont beaucoup misé sur leur pratique, beaucoup investi elles ont fait un chemin et pourtant il reste un nœud ! Elles souffrent d’une manière psychologique et ont également une déception, un découragement par rapport cet investissement fait dans le grand espoir d’être libérées. Et rien ! Elles ont un questionnement : « le lama ne peut pas m’aider ? Il faut que j’aille voir un psychothérapeute ? » Ces personnes s’accrochent aux enseignements bouddhistes et cela les empêche d’aller aborder le nœud dont elles souffrent disant « c’est mon karma ». Lâcher quelques instants pour regarder ce qu’il y a, sans juger, sans morale, leur est difficile car elles se raccrochent à cette idée comme à une bouée de secours. On peut les amener dans leur souffrance à vivre carrément ces concepts, à les dénouer dans leur vécu, à voir comment cela se construit pour calmer ensuite.

L.Yéshé : « Il ne faut pas brandir le bouddhisme comme un étendard. Le problème de la plupart des personnes c’est qu’elles viennent avec leur représentation du dharma. Elles ont des attentes, des espoirs. Le but de la démarche spirituelle c’est de les amener à en prendre conscience et voir en quoi ces espoirs portent en eux la souffrance. Il faut alors qu’elles soient suffisamment mûres au niveau psychologique pour avancer, car la pratique bouddhiste c’est d’aller de déceptions en déceptions, de désillusions en désillusions. Quand on comprend bien ce point là, on peut réaliser que l’on est dans une forme de projection, d’attente de crainte, dans une idée du monde fabriquée qui n’est pas la réalité. Puis on apprend à lâcher ceci et à vivre la réalité telle quelle est. Certaines personnes y arrivent et d’autre non ; ces dernières restent fermées dans leurs concepts, elles voudraient pratiquer le dharma et attendent que le dharma fonctionne tout seul. Elles espèrent un miracle qui résoudrait leurs problèmes automatiquement. Le rôle du lama est de ramener chacun à soi même et leur apprendre à s’assumer, se développer. Quand il y a blocage, que la personne est dans un monde qu’elle croit spirituel, à ce moment là se posent les problèmes psychologiques. Il y a un sentiment d’échec. Il faut alors aider de la façon la plus adaptée. Le karma vu de manière erronée peut être l’idée d’un destin, d’une fatalité, alors que c’est ce que l’on pourrait appeler le caractère, la manière de reproduire les mêmes comportements. On sait que les mêmes causes produisent les mêmes effets, et quand cette expérience caractéristique se reproduit à l’infini, le karma n’est pas autre chose que ça. C’est à nous de regarder, c’est nous qui avons la liberté de pouvoir changer ou pas ! Certains ont une autonomie suffisante qui leur permet de faire ce retour sur eux mêmes et d’autres n’ont pas cette liberté. Ils ont besoin d’être soutenus, pris en charge d’une manière ou d’une autre. Le lama assure une certaine forme de prise en charge même psychologique, mais ce n’est pas sa fonction. Il faut donc des moyens, des appuis pour cela. »

La relation avec le thérapeute est une relation d’accompagnement. Il y a des points de convergence évidents entre le travail du thérapeute et celui de lama. Mais il y a aussi des limites, qu’est-ce que l’on remet en cause dans le dharma ?

 

Les perceptions, sagesse ou confusion ?

L.Yéshé : « Ce qui est remis en cause fondamentalement dans le dharma, ce sont les perceptions ; une partie des enseignements s’intitule : « la théorie de la perception » et montre que les perceptions véhiculées par le corps, les sens, la conscience lorsqu’on en analyse les composants, ne sont pas quelque chose de fiable, de définitif. Ce que l’on perçoit comme réel et solide ne l’est pas véritablement. Dans leur combinaison, ils représentent ce qui peut être un facteur de connaissance mais aussi ce qui est un facteur de confusion. »

En thérapie, des personnes viennent avec l’idée de changer, mais elle ne sont pas prêtes. Il faut alors travailler sur cette résistance. A un niveau institutionnel, en HP, il y a une certaine forme de déficience ; il serait peut-être souhaitable qu’il y ait un autre type de lieu d’accueil qui ne serait pas réservé aux seuls bouddhistes. Si un thérapeute après avoir fait une analyse personnelle rencontre le dharma, sa manière de travailler ensuite peut changer. Un notion d’échange se développe ainsi que le constat qu’il n’y a pas ni victime ni forcément de coupable. Les problèmes tiennent simplement au fait de reproduire les mêmes actions.

 

Demande thérapeutique, démarche spirituelle et maturité

L.Yéshé : « Ce qui est important c’est voir comment on se positionne face à une demande. Les personnes en général, sont dans une attente et ceci pose problème. Une demande thérapeutique et une demande spirituelle ne sont pas tout à fait la même chose. Dans la demande thérapeutique le patient est confronté à une difficulté et souhaite que cette difficulté disparaisse, que le symptôme disparaisse. Dans l’approche qui la notre (spirituelle) il faut que la personne soit suffisamment prête à voir plus profondément les causes du problème et ne pas simplement traiter les symptômes. Cela implique une certaine conscience, une certaine maturité chez celle qui ne souhaite pas la seule prise en charge de son problème, mais entamer une démarche dynamique, responsable, dans laquelle elle s’implique pour avancer. Dans le dharma il y a différents niveaux de réponse des enseignement. Mais c’est toujours une rencontre, une relation humaine. On trouve différents degrés de pratique, d’enseignements qui correspondent à différents degrés dans la relation (avec un lama) : la relation d’un enseignant avec un élève, puis d’ami spirituel où on s’aide et enfin la relation de maître à disciple, plus avancée, qui demande une préparation ; le point d’aboutissement est une liberté totale. »

En thérapie, on travaille au niveau de la personne c’est à dire on voit ce qui l’anime. Il peut y avoir différents moments, en psychothérapie ou en analyse, un temps où elle a besoin de sortir sa souffrance pour ensuite passer à autre chose. Elle sera alors dans une position plus mature. Un psychanalyste a écrit un livre intitulé : « La fin de la plainte ». Qu’est-ce que l’on vient chercher ? Certaines personnes viennent au départ avec leur plainte, mais leur chemin aboutira peut-être bien plus loin que ce qui correspond à la demande de départ, qui doit être toujours respectée.

L.Yéshé : « La difficulté vient qu’au départ la personne, avec cette plainte, est dans la confusion, il faut en tenir compte. Mais cela implique pour soi-même de savoir si on est clair, savoir exactement où on en est. Il faut savoir ce que l’on peut proposer, comment peut-on être sûr de ne pas se tromper soi-même et tromper l’autre encore plus. Notre vision n’est peut-être pas suffisamment large pour cela. Cela nous renvoie à nous et au travail à effectuer sur nous-mêmes. Dans la démarche spirituelle, plus on se connaît soi-même, plus on connaît son propre esprit, plus on en a une expérience et plus on peut comprendre les autres, plus on est capable de les aider. On voit ce qui est le plus adapté à la situation. Il y a cependant des personnes que le dharma ne peut pas aider. Ce n’est pas une question de méthode, il faut savoir où en est la personne, quelle est sa demande. »

La plupart des gens sont dans la confusion, alors y a-t-il une « bonne confusion » ? Nous sommes également dans l’illusion que le dharma va nous sauver de tout. Ce qui est délicat c’est que nous n’utilisons pas le même vocabulaire et nous ne nous situons pas au même niveau. Cependant il y a des choses qui se recoupent même si elles ne sont pas abordées de la même façon.

L.Yéshé : « Ce qui est important c’est la démarche. La démarche bouddhiste est expérimentale car basée sur une recherche et cette recherche n’a pas de fin. Quand on parle de l’esprit, c’est cela. On est dans un processus ouvert, non pas fondé sur un postulat, mais sur l’idée fondamentale qu’est l’expérience et à la lumière de cette expérience, remettre en cause ce que l’on croit savoir ou avoir acquis. Cela peut s’appliquer à beaucoup de domaines mais est-on assez souple pour le faire ? Nous avons une formation sur la base de certaines écoles, c’est commun, ordinaire. Il y a quelque chose de bon dans chaque chose et également de la confusion : dans la manière où c’est exposé, où on a compris. Le tout est de savoir si on est capable de remettre en cause nos acquis et aller à la découverte de ce qui est illimité. Savoir si on est différents ou non n’est pas l’important, ce qui compte c’est d’arriver à avancer avec ce qui est en phase avec la réalité. C’est comme l’histoire traditionnelle de l’éléphant que six aveugles approchent, chacun a un angle de perception de la réalité qui est incomplet. Si on veut faire avancer les choses et voir si ça marche, si c’est utile pour aider les autres à sortir de leur souffrance et progresser, c’est l’essentiel. La véritable démarche spirituelle authentique est de cette nature là. C’est une forme de recherche qui n’est pas donnée comme cela pour être avalée. On s’implique soi-même on se donne les moyens de connaissance et ceux pour être dans cette dynamique d’apprentissage, de découverte. Si ce n’est pas ce processus, on ne peut pas parler de quelque chose de spirituel. »

 

Le choix, la confidentialité

Il est important qu’un client puisse choisir le thérapeute qui va l’aider, qu’importe les critères sur lesquels il s’appuie. N’y a-t-il pas un problème si c’est un lama qui choisit à sa place ? Ceci en sachant que cette démarche est déjà le début de son chemin. Comment peut-on utiliser ce réseau pour laisser au patient ce choix dans son cheminement. Qui prend le rendez-vous ? Quand un thérapeute travaille avec le lama qui le guide et que leurs avis sont différents au sujet d’un patient envoyé par ce même lama, des difficultés peuvent surgir. Il est question également du secret professionnel : dans ce travail avec un lama, il y a des échanges, alors comment garder la confidentialité et la sécurité qu’elle confère ? Est-ce moralement convenable ? Le secret n’est pas un dogme, certains patients souhaitent ne pas porter tout seuls leur présence chez un psychothérapeute. Il faut vérifier auprès du patient si il est bien d’accord. L’accompagnement peut être problématique et parfois le malade vient accompagné par son lama ! Il faut alors savoir avant de recevoir le patient, comment ils en ont parlé ensemble ? Il faut savoir qui demande quoi et poser les bonnes questions. Il faut garder une ouverture et savoir remettre en question les outils sur lesquels nous travaillons : médecin, psychanalyste ou autre. Il faut savoir avec quelle « casquette » nous allons répondre à la demande et être clair avec cela par rapport au patient (selon ses besoin propres). Il y a comme une contradiction entre la notion de dharma et le champ psychiatrique dans les exigences que l’on peut avoir avec un patient.

L.Yéshé : « Le lama n’est pas là pour diriger la vie des autres, cependant certains demandent des réponses que l’on ne connaît pas. On ne va donc pas décider où telle personne doit aller. Le lama ne peut pas répondre à toutes les questions, il est là pour donner des instructions de méditation et des techniques liées à ça. Donc tout ce qui sort de ce champ là n’est pas vraiment de son ressort, ce n’est pas le même terrain. Le lama ne va pas entrer dans un rôle qui n’est pas le sien. Sa position alors n’est pas très confortable. Il y a une attente envers les lamas comme si ils étaient omniscients et les gens sont déçus quand ils leur disent qu’ils ne peuvent pas les aider. Si le lama est déjà médecin, c’est autre chose. Il faut que ces gens comprennent que le dharma ne va pas répondre à tous leurs problèmes. Chacun a son rôle, il faut marquer les limites. »

Il faut également savoir ce qui peut être dit ou non, que l’on soit lama ou thérapeute.

Quand on parle d’un patient, si il est absent, on peut faire comme si on était véritablement en sa présence. Bien que les rôles ne soient pas les mêmes, il n’est pas question d’établir une hiérarchie entre le patient et le thérapeute. On peut se demander où se trouve le bénéfice lorsqu’on va chez un thérapeute. Le patient peut se sentir accueilli dans sa demande par l’attitude et la posture du thérapeute. Il est possible alors de trouver la réponse à cette demande. C’est un premier bénéfice.

 

Reconnaître ses propres qualités

La remise en cause étant un point commun entre le travail du lama et du thérapeute, on peut remarquer que les personnes les plus résistantes à cette remise en cause manquent d’une reconnaissance minimum de leurs qualités, et d’estime de soi. Il ne peut pas y avoir de remise en cause si le patient est dans un mécanisme de défense naturelle (se sent trop en danger, se déprécie). L’estime de soi est un sujet sur lequel on pourrait revenir. Il ne faut pas confondre estime de soi et orgueil principalement dans un chemin spirituel. Ce n’est pas en faisant le sacrifice de ce que l’on est, que l’on aura la possibilité d’avancer sur le chemin : ce processus est la garantie de ne pas pouvoir poser son pied sur le chemin spirituel et d’avoir de véritables difficultés dans le quotidien (social, adaptation) il en découle une recherche de tranquillité, de protection ce qui peut aboutir à la psychiatrie.

L.Yéshé : « Le chemin spirituel remet en cause ce que l’on croit et non pas ce que l’on est. A la base de cette confusion, il y a le manque d’estime de soi, une dévalorisation de soi en tant qu’être humain. Le premier enseignement bouddhiste est de communiquer le sens de la valeur d’être un humain (le précieux corps humain). Le but est de prendre conscience de ses qualités. Le Bouddha a enseigné en utilisant toujours les situations, en partant de l’expérience, de situations concrètes. La connaissance que l’on a de soi évolue car on acquiert de l’expérience. En fonction de la compréhension que l’on requiert de la situation on devient capable de remettre en cause ce que l’on avait cru ou compris jusque là. On doit écouter la vérité de la personne. Par rapport à votre acquis, qu’est-ce qui remue ? »

Ce qui est observé n’est pas forcément décrit dans les théories. Par exemple chez un pré adolescent on trouve des caractéristiques : une sensibilité aiguë au regard de l’autre qui induit un mode d’affrontement ou de fuite. Ce regard est la confrontation aux reproches, aux situations d’évaluation (pour l’école c’est très important) à une certaine transmission de la règle, de la loi. Au lieu d’entendre que c’est la transmission d’un code pour pouvoir marcher en sécurité dans la rue, il l’entend comme un reproche sur sa personne. Quand cette sensibilité est trop déréglée, un conseil bienveillant peut être entendu comme une atteinte à sa personne, comme un reproche. Plus profondément, ceci est un désir, un besoin d’être aimé. Une autre étape, c’est le désir de communiquer qui va de pair avec un projet : la projection dans le devenir. On commence à avoir des idées sur ce que l’on voudrait faire, quelle place on souhaite. Une autre étape est le travail sur ma propre valeur, comment je me perçois avec toute une dynamique de dévalorisation ou l’inverse. Cette dynamique se résout quand j’accède à autre chose : l’estime de soi qui est une reconnaissance des qualités appartenant au groupe humain (pas les siennes en propres) ; quand je m’aperçois que ce sont des qualités humaines, cette étape est franchie. Il faut intégrer de manière correcte le fait que nous avons tous la nature de bouddha sinon cela peut devenir de l’orgueil. On peut observer que les gens capables d’aider les autres sont ceux qui ont développé des qualités humaines. Mais que signifie avoir des qualités humaines ? Ceux qui ont été au bout de leur démarche les ont, mais également les personnes que l’on peut rencontrer dans son travail. En rencontrant le dharma on touche autre chose. On dit que pour pouvoir aider il faut avoir développé de la sagesse. Ce que l’on peut constater c’est que grâce au dharma la pratique thérapeutique change, sans qu’on le fasse exprès : on amène autre chose.

 

Ouvrir l’espace, approfondir l’expérience

Dans une souffrance profonde, se dire « ça reste une construction mentale » est une aide pour lâcher. Il y a alors de l’espace. Ainsi, grâce à cette expérience on peut aider les autres à lâcher.

L.Yéshé : « Là, il est question d’espace. La souffrance se manifeste quand il n’y a plus d’espace. Le but est de reconnaître l’espace, afin de donner de l’espace à quelqu’un qui est dans la souffrance. Dans une démarche spirituelle il ne faut pas stagner, mais grandir ouvrir son esprit à sa dimension spacieuse. Quand on a une formation on peut fonctionner d’une manière un peu mécanique habituelle, sans plus évoluer, se remettre en cause. Il faut alors se poser la question : est-ce que je continue à progresser ? Est-ce que je gagne en espace, est-ce que je peux en donner aux autres ? »

Nous somme heureusement confrontés à des échecs thérapeutiques qui nous amènent à se poser des questions. On est obligé d’être sans cesse en ouverture vis à vis des autres écoles. La réalité nous ramène toujours à cela. Le besoin de s’appuyer sur une formation et trouver une ouverture. « Chaque cas est unique » dit Jung, ça semble évident mais en même temps, dans la pratique, tous les jours, ce n’est pas si évident que cela. Une des difficultés c’est lorsqu’on commence l’analyse d’un cas ou qu’on « pré-rédige » le rapport, alors que l’on est encore en présence du patient. On est plus dans l’écoute et on peut faire des dégâts. Le bouddhisme donne la clé en disant que l’esprit ne peut pas faire deux choses en même temps. Il faut juste être là et écouter. C’est l’angoisse qui peut pousser à agir ainsi. En travaillant sur soi on peut se dégager de ce besoin de vouloir tout comprendre d’emblée. A partir du moment où on s’autorise à ne rien comprendre, ça s’améliore. Mais cela vient progressivement avec le temps quand on a assis une sécurité psychique. Dans la médecine antique égyptienne il y avait des formulations toutes faites pour répondre au patient du genre : je connais cette maladie mais ne peux la soigner, ou je peux la soigner ? Ca ponctuait tout le processus thérapeutique. Le thérapeute pouvait s’autoriser à dire qu’il ne savait pas, ça simplifiait bien des choses. Grâce à la pratique du dharma, dans la pratique professionnelle, on peut voir notre attitude face à la souffrance des autres. Nous avons peut-être moins de peurs, nous sommes moins collés à nos propres émotions face à quelqu’un en grande souffrance. En observant mieux ce qui se passe chez soi, on apprend à le gérer un peu mieux et être un peu plus disponible à l’autre, ne pas vouloir pour lui, décider pour lui, mais prendre le temps d’écouter ce qu’il a à dire. Dans l’ouverture tout est parfait parce que c’est juste. Quand des peurs s’élèvent, l’espace se rétrécit. C’est un cheminement dans la spontanéité. La chaleur humaine c’est cela, le rire, l’humour participe à cela. On ne va pas solidifier les choses. Il faut créer un environnement sain basé sur cette chaleur, la bienveillance, la présence. Cela relève du bon sens. Une des qualités c’est pouvoir trouver la bonne distance. Il faut une neutralité bienveillante. C’est dans la vibration du moment, spécifique à chaque personne. Cela peut changer au cours d’une séance.

L.Yéshé : « Il est nécessaire d’avoir un intérêt pour les autres et que cet intérêt nous porte au service des autres : on ne se sert pas d’eux. Trouver la bonne distance c’est avoir une connaissance et une expérience personnelle de ce qu’est la souffrance, donc de ce que vivent les autres. De ne pas y être étranger. Parmi les moyens d’aider, on s’appuie sur la connaissance (vacuité), la compréhension profonde des causes et des effets qui va de pair avec la compassion. Nous sommes conscients qu’il n’y a pas de problème, que ce n’est qu’une idée (beaucoup de gens se croient ou se disent malades, se rendent malades sur la base de rien), ensuite nous trouvons les moyens d’accueil, d’accompagnement, pour établir une relation d’intérêt sincère pour l’autre. Cet équilibre donne la distanciation juste. Nous avons besoin de la connaissance et de l’expérience, les deux se nourrissant l’une l’autre et nous permettent d’avancer, d’évoluer, de ne plus être enfermé. C’est ça, la qualité humaine. J’ai eu la possibilité de rencontrer des professeurs en médecine ayant une grande expérience clinique et dotés d’une grande humanité. Ils avaient ce regard tourné vers le « service aux autres » et l’ouverture pour se « laisser apprendre » par chaque patient, sans se laisser envahir. Dans chaque situation nous apprenons quelque chose de nouveau qui nous fait aller plus loin dans la connaissance, la compassion. »

 

La connaissance et l’ouverture : remède à la peur

Avec l’expérience on ne craint plus, par exemple, de recevoir les parents et les enfants ensemble y compris les personnes inattendues (la voisine, la grand mère) si nécessaire. Même quand les choses sont difficiles à entendre, on peut aller au cœur du problème. Traiter les problèmes devient plus aisé, plus rapide. Les parents se voient aussi remettre la responsabilité de l’évolution de leur enfant. Ce qui compte c’est d’être « contenant », d’avoir cette capacité de contenirl’angoisse de mort. Quand une personne arrive en état de choc et morcelée, elle ne peut plus dire « je ». On remarque, lors de catastrophes collectives, que les gens vont voir une personne plutôt qu’une autre parce que cette dernière est plus « contenante ». Elle « reçoit » tout ce qui est intolérable, insupportable pour la personne qui souffre, elle le prend et le porte. Cette tolérance à l’angoisse de mort qui est le propre de ceux qui accompagnement les personnes en fin de vie, (pouvoir parler de la mort tout simplement avec les mots justes) c’est aussi une qualité...

L.Yéshé : « Cela pose la question de l’espace du thérapeute. Lama Guendune disait souvent que les êtres ont une peur naturelle les uns des autres. Ces relations basées sur l’idée de soi, c’est la peur de l’autre. C’est la reconnaissance de cette peur chez soi-même et chez les autres, qui permet d’accueillir. On peut toujours se retrancher derrière son rôle, ses connaissances, ses techniques, mais en ayant moins peur on a un accueil, une ouverture et une disponibilité, qui aident l’autre à la dépasser. La relation c’est : comment faire reculer la peur. »

La disponibilité n’est pas un état particulier à cultiver, mais plutôt permettre à ce qui est là, d’être là (même la fatigue). Dans ce cas il y a moins de volonté à vouloir maîtriser la situation.

L.Yéshé : « Moins on est observateur de soi même, plus on est disponible envers l’autre. Dans la fatigue il peut y avoir une ouverture car on s’observe moins, on crée moins une image de soi. »

Devant un groupe nouveau, on peut avoir aucune idée de ce que l’on va proposer. C’est possible de l’exprimer, mais il faut être très honnête.

L.Yéshé : « Pour être honnête, il faut être conscient. »

Vouloir immédiatement « faire quelque chose » peut être un obstacle pour avoir l’espace nécessaire. Sans la peur, on a plus de choix,decréativité.Quand on a une attitude de réponse spontanée à une situation, le mental analytiques’effraye de ce qui s’est passé. La justesse de ce qui a été fait est prouvée par la suite.

L.Yéshé : « Il est inutile de vouloir trouver une situation idéale, c’est simplement la vie. La crainte de se tromper ou de faire du mal peut être paralysant. Quand on demande une aide, on sait que l’on prend un risque. On voudrait que les situations soient « hyper-sécurisées » et cela crée un enfermement. L’apprentissage nous permet de reconnaître que toutes les situations sont idéales dans la mesure où elles sont imparfaites. C’est l’image du lotus qui plonge ses racines dans la boue, cette boue c’est, pour nous, la confusion. On se rend compte que l’être humain part de cela et que si il y a une honnêteté et un désir d’aider l’autre, on ne va pas s’enfermer dans cette peur (dans cette confusion) de pouvoir se tromper. D’ailleurs, on apprend beaucoup de ses erreurs. Quand on s’est trompé on perçoit mieux ses défauts et l’orgueil en prend un coup, ensuite il peut y avoir plus d’ouverture. Il faut voir en quoi le dharma peut être utile à la société. C’est une expérience concrète et vivante puisqu’on y est confronté à différentes sortes de situations. Il faut voir comment ces éléments qui ont fait leur preuve dans le temps, peuvent être disponibles et utilisés dans ce but (d’aider). »

Entamer une démarche spirituelle n’est pas évident, il faut pour cela être déjà suffisamment autonome. C’est avant tout une démarche humaine dans laquelle nous devons pouvoir nous remettre en cause. On y abandonne tout espoir car cet espoir est bien souvent nourri par nos propres projections (qui amènent les problèmes, la souffrance). Il faut alors voir plus en profondeur les causes des problèmes (du karma). La relation avec le lama prend alors tout son sens ; de même la relation avec le psychothérapeute sera elle-même facteur, à un certain niveau, d’autonomie pour le patient. Ce qui importe c’est la démarche. La capacité de se remettre en cause dépend du regard que l’on porte sur soi-même, c’est-à-dire reconnaître ses qualités propres. Il est donc nécessaire d’avoir développé une certaine estime de soi (non de l’orgueil) pour cela. Pour pouvoir aider les autres il faut avoir développé les qualités humaines qui ouvrent l’espace dans la relation à l’autre (que l’on soit lama ou psy.). La connaissance et l’expérience, l’intérêt pour l’autre, l’affaiblissement de la préoccupation de l’image de soi, amènent cette ouverture. Ceci permet de faire régresser la crainte que l’on a d’autrui : on reconnaît également la peur de l’autre. On accepte le risque, l’échec, dans ce processus créatif qui fait reculer la peur.

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  SYNTHÈSE DE LA RÉUNION DU 28 SEPTEMBRE 2003. : Réseau Thérapeute de Clermont-Ferrand : Compte-rendu de la cinquième réunion du 28 septembre 2003.
Word - 53.5 ko
 

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