Synthèse de la Réunion du 1er juin 2003
mercredi 16 juillet 2003
Participants
DKL
Lama Lhundroup
Droupla Meunlam
Thérapeutes
Clément Bernard
Cochet Agnès
Cuevas Henri
Ducourtieux Gérard
Frit Bernard
Frit Elisabeth
Laborde Jacques
Le Gall Félicité
Le Junter Yves
Leclerc Franziska
Legube Philippe
Levrault Sandrine
Martin Patricia
Pécot-Kleiner Murièle
Petit rappel préliminaire sur la motivation des membres du groupe
La raison de ces rencontres est d’enrichir la pratique en tant que thérapeutes et d’avoir une meilleure compréhension de la thérapie en tant que lama. Il est possible alors de s’entraider sans déborder sur les compétences des autres.
Echange d’Informations
Bernard Frit rappelle l’existence du site pour les psychothérapeutes et du réseau Internet qui permet de faire circuler les informations. Une cinquantaine de personnes les reçoivent déjà. Il faut savoir que si un e-mail est envoyé à « annonces@psychodharma.org » tout le monde le recevra, il vaut donc mieux que l’information soit intéressante pour tout le groupe.
Puis il fait part de la rencontre avec Jean-Pierre Schnetzler à Montchardon.
A l’occasion de cette rencontre, Bernard et Elisabeth ont expliqué à Jean-Pierre Schnetzler les buts de la création de ce groupe de psychothérapeutes ; lui même (J.P.S.), avait souhaité le faire il y a une vingtaine d’années. Il serait possible d’avoir avec lui un échange (genre questions / réponses sur 3 à 4 jours), à condition d’aller à Montchardon (il a 75 ans et ne souhaite plus trop se déplacer). Jean-Pierre Schnetzler vient d’écrire un livre qui paraîtra en 2004, il a autorisé la diffusion au sein du groupe de deux chapitres tirés de ce dernier livre (Bernard fait circuler les photocopies).
Jean-Pierre Schnetzler semble être la personne qui a fait le plus de travail dans cette direction, de plus il est un des rares laïcs a avoir l’autorisation d’enseigner le dharma car sa connaissance du bouddhisme est profonde (il s’est toujours basé sur les textes essentiels du bouddhisme : canon pali, etc). Il met l’accent sur l’unité des différents véhicules ce qui peut être une ouverture pour travailler avec des personnes venant de différentes lignées.
Il serait peut-être possible de créer une bibliothèque en trois langues ou chacun peut apporter les articles qui touchent au bouddhisme et à la thérapie, et présenter des résumés d’ouvrages sans jugement de valeur, faire un genre de conservatoire. Ceci pourrait servir de référence à ceux qui s’intéressent vraiment à ce travail.
Reprise du texte de Trungpa
Question sur le contrôle (chap. 4)
Trungpa : « Vous n’avez pas le contrôle - cela vous le voyez...c’est exactement la situation de la vérité..... »
L.Lhundroup : « Trungpa nous met face à notre sincérité. Nous devons être honnêtes et directs et cette attitude sera le « fil rouge » qui nous guide dans la situation. Est-ce que cela pose des problèmes de dire la vérité à un patient ? »
Réflexions :
Le fait d’avoir un projet sur une personne fait que cela ne marche pas, mais si il y a de l’ouverture, un lâcher prise une disponibilité, quelque chose de plus vrai, plus vivant s’instaure.
La guérison peut se produire par le fait de dire la vérité.
Mais dire la vérité n’est pas toujours facile.
Mais que signifie « dire la vérité » ?
Dire la vérité c’est ne pas utiliser de ruses tordues. Exemple : si quelqu’un est vraiment malade et doit prendre des médicaments, il faut le lui dire.
Peut-on dire que « dire la vérité » c’est être en réelle concordance avec ce que l’on est ? La vérité, c’est suggestif donc si j’ai un avis sur la situation, cet avis est-il vrai en soi ? Est-ce alors se dire : qu’est-ce que je ressens de la situation ? Etre au clair avec ce que je ressens et éventuellement en faire part à l’autre tout en sachant que je risque de me « planter » ? L’important est plus d’être en concordance que d’énoncer un diagnostic qui serait une vérité et qu’on offre à l’autre. Ce qui paraît important c’est de voir s’il y a une confusion, de se demander si je peux le dire, mais avant tout c’est d’être au clair avec ce que je ressens et ensuite de regarder s’il a assez d’espace pour pouvoir l’exprimer.
Est-ce qu’il y a un mouvement, une impulsion pour vouloir quelque chose, ou est-ce la situation qui inspire une évidence ? Est-ce que je réagis ? Est-ce mon bon sens, ma clarté qui m’invite à dire ce que j’ai à dire ? Qu’est-ce que ça me fait quand une personne me parle de son attitude nocive envers elle-même ou envers les autres ? Ensuite par rapport à ce que j’aurai vu, que lui dire ? Rappeler une vérité du genre : on ne fait pas ça ? mais ce n’est pas forcément en résonance avec la personne et la situation présente.
Face à une situation difficile avec un patient par ex. une démence, où est la part de ce que je peux connaître de la situation et où est la part de ce qui s’élève qui est intrinsèque à la situation et comment faire la différence entre les deux ? Est-ce que je peux savoir si c’est une action de sagesse où l’ego n’intervient pas ou est-ce une action où il y a une projection de l’ego ?
On peut se poser la question : qu’est-ce que le patient cherche quand il vient chez moi ? Il ne cherche pas une vérité, une morale, il cherche une personne pour échanger et on peut très bien avoir pour soi une vérité, une opinion mais il faut laisser la liberté au patient d’avoir une autre opinion. Il ne cherche pas une opinion, une vérité mais plutôt une personne avec qui il peut parler. Le but n’est pas d’amener le patient à être du même avis que le thérapeute. Le thérapeute ne détient pas la vérité.
L.Lhundroup : « C’est une technique de sentir en soi même et d’exprimer, de dire : je ressens une certaine tension comme si il y avait une peur. Est-ce que ça vous parle ?
Trungpa, dans son analyse, parle du fait que cela commence avec les parents : quand la relation est « tordue », quand leurs paroles ne sont pas claires et que, ce qui est ressenti n’est pas identique. La relation avec le thérapeute doit être plus saine que cela, plus authentique. La confiance s’établit quand le patient sent en face de lui une personne authentique.
En tant que lama on me demande des réponses, mais je ne connais pas forcément les réponses et ne prétends pas les avoir. Ce que je donne c’est mon ressenti, ce n’est pas la vérité sur l’autre personne. Je peux parler, demander si ça résonne. Je ne prétends pas savoir avec certitude ».
Suite de la lecture (2éme paragraphe)
Trungpa : « Vous devez être honnêtes et directs. Et cela doit être bon....Les gens perturbés sont d’habitude les seules personnes intelligentes... ».
Réflexions :
C’est tout à fait vrai avec certains patients, en particulier les toxicomanes.
Il peut parfois y avoir une inversion : le toxicomane fait la thérapie du psy. Parfois il va en quelques minutes, mettre en difficulté le thérapeute en face de lui. Ce dernier va se trouver tellement impliqué par ce que le patient va dire qu’il peut s’exclamer : « ça ne va pas ! ».
Il y a quelque temps cette situation s’est manifestée avec une personne qui avait un problème d’alcool et a fait une demi tentative : on lui pose une question, il répond à moitié à la question. On lui repose la question et d’un seul coup il déballe une histoire d’abus sexuel dans l’enfance, mais un truc très lourd et très compliqué, c’est à dire une famille infernale où il y avait inceste entre frère et sœur, parent et enfant etc. Il lâche tout cela en quelques mots. La façon dont c’était fait avait pour but de mettre les gens mal à l’aise (il avait peut-être vingt ans de thérapie derrière lui) et de voir si le thérapeute en face de lui tenait la route ou pas. Donc effectivement une catégorie de gens perturbés va chercher la faille chez le thérapeute. Ils veulent voir à qui ils ont à faire.
Mais ça n’est pas universel.
Les enfants fonctionnent plutôt ainsi. Ils testent très vite si on est dans une représentation qui ramène à l’autorité parentale. Dans une rencontre véritable, dans le premier entretien avec les enfants, cela se joue durant les cinq premières minutes. Bien sûr, on ne sait pas forcément à la fin du premier entretien si ça aura une suite. Mais si il n’y en a pas, on peut savoir facilement à quel moment on a pu déraper. Cela se complique aussi du fait que l’on reçoit aussi les parents qui sont dans un jeu d’alliance avec le thérapeute. Donc c’est une chose parlante par rapport au travail avec les enfants, comparativement à la plupart des pathologies. Par contre les patients plongés dans un état délirant ne font pas partie de ce registre. C’est plus délicat si ce n’est pas repéré d’emblée, ce qui est souvent le cas (sauf si l’évidence est immédiate). Le malade n’expose pas forcément son délire.
Lorsque nous émettons un projet de guérison, la jouissance du patient peut être de nous faire échouer car nous nous sommes mal positionné au départ à cause de ce projet. Là on va arriver à quelque chose de paradoxal car sa guérison à lui sera de faire échouer notre projet.
La relation entre deux personnes est toujours assez complexe.
On pourrait dire à la limite que dès que l’on croit avoir compris quelque chose, on est dans l’erreur.
Il ne faut jamais rentrer dans le jeu « qui a raison et qui a tort » car ça ne mène nulle part. Le patient ne vient pas dans ce but et ce n’est pas non plus le but du thérapeute de faire une « bagarre » entre raison et tort.
Le plus difficile est d’avoir l’impression de comprendre. Tout dans les relations humaines nous pousse à chercher à comprendre l’autre, au sens étymologique, c’est à dire prendre avec l’autre quelque chose qui deviendra en même temps pour nous un intérêt, une richesse mais aussi une possession.
Il faut être dans l’accueil de quelque chose que l’on ne connaît pas à l’avance, on ne sait pas où ça ira et rester tranquille avec ça, quel que soit ce qui est « balancé » et parfois ce qui est « balancé » peut décoiffer.
Au niveau de la musicothérapie, il y a des gens dans ces moments, qui sont capables de faire les rythmes les plus difficiles, de capter et jouer sur le coup, dans l’instant. Normalement c’est difficile pour un musicien, mais eux ils sont capables de le faire. Mais ça limite totalement la musique. C’est quelque chose qui leur fait même mal. Cette capacité est une souffrance car ils captent des détails mais sans que ces détails soient situé dans un courant. Là ce n’est plus une lucidité, c’est une souffrance. Ce sont les gens qui souffrent d’une psychose soit dans l’instant, l’état actuel soit pendant des années, ils ne perdent pas ces capacités. C’est un enfermement pour eux.
Ils n’ont pas de liberté.
C’est comme un fonctionnement automatique du cerveau au niveau musical qui n’est pas du tout pris dans une relation. Il n’y a pas d’interprétation de la musique.
L.Lhundroup : « Quand j’ai lu pour la première fois ce paragraphe de Trungpa, j’ai pensé qu’il allait dans la généralisation. Il généralise sur la sensibilité des gens qui sont dans les difficultés. Une chose est claire, certains types de gens ont tellement souffert de la malhonnêteté, du mensonge, qu’ils le découvrent tout de suite. Ils sont tellement polarisés là dessus qu’ils le découvrent plus facilement que d’autres. Il y a un étonnement quand quelqu’un qui est dans une psychose profonde a des moments surprenants de lucidité. On n’en revient pas qu’une personne puisse être si précise dans sa perception. Ce n’est pas qu’elle soit plus précise que d’autres, mais plutôt parce qu’autour de ça il y a une confusion qui laisse penser qu’il n’y a pas cette sensibilité. On se trompe nous même car on est tombé dans une projection sur cette personne qui, elle, garde des moments de lucidité, de clarté. Là on doit se dire : « attention, j’ai à faire à des gens qui sont aussi sensibles que moi même ou que qui que soit d’autre. »
Trungpa termine son paragraphe en disant qu’il faut apprendre à faire confiance à la sincérité et à la situation en même temps : on peut apprendre à faire confiance à celui qui est en face et en la situation qui évolue avec. C’est quelque chose que j’ai remarqué (quand j’étais étudiant en HP) que je pouvais faire plus confiance à ce que les patients disaient, que ce qui se disait généralement avec les médecins ou les infirmiers. En homéopathie, c’est ainsi que l’on fait, on fait confiance à ce que dit le malade et c’est ainsi que l’on trouve le bon remède. Il ne faut pas être dans l’état d’esprit de certains médecins qui font abstraction de ce qui est dit et interprètent en même temps. Je crois que Trungpa veut nous amener à établir une relation de confiance, que le patient sente que ses paroles ont un poids qui doit être respecté, qu’il n’est pas négligé ou écouté à moitié ».
Plus que ce qui est dit, ce qui peut aider est d’être en contact avec la sensibilité du patient afin de sentir et prendre en compte son besoin qui est généralement : j’ai besoin d’être aimé. Ce besoin peut s’exprimer de différentes manières dont l’agressivité. Ecouter, entendre est déjà une piste pour aider. Ici il ne peut pas y avoir de projet.
L.Lhundroup : « Oui et ça me rappelle les erreurs que j’ai faites en tant que lama, les premiers temps. Une personne vient pour la première fois et dit : « je viens pour apprendre la méditation », c’est sa motivation. Et moi je commence en lui parlant du refuge, de développer la compassion et du chemin, mais je ne réponds pas à sa question ce qui fait qu’ensuite on ne comprend plus. Ceci m’amène à penser qu’avec le projet de guérison et le besoin du patient vous êtes dans une situation analogue ».
La relation avec le patient est une relation d’accompagnement, cette relation est neutre, on est en résonance par rapport à ce qui se passe, on se laisse guider en gardant une stabilité, une clarté. C’est peut être un jeu.
La question de la sincérité se pose vraiment quand on travaille en équipe : le patient dit certaines choses qui sont démenties par l’équipe. Sans être dupe, je fais confiance à la parole du patient. Quand il dit qu’il veut s’en sortir je pense qu’il est sincère, même si on me dit ensuite qu’il a par exemple provoqué une bagarre ou bu de l’alcool. Il me semble que les deux visions peuvent coexister, qu’elles sont vraies toutes les deux. Il est difficile de connaître les deux situations et de ne pas montrer au patient que je sais ce qui s’est passé. Difficile de voir quand le patient cherche à me manipuler.
L ;Lhundroup : « Tu n’essayes pas d’établir une personnalité qui couvre tous les instants, mais voir une personne qui peut souhaiter guérir à un instant, puis à cause de ses tendances peut agir autrement. Tu ne cherches pas à coller une étiquette, la personne peut fonctionner différemment, être honnête puis malhonnête juste après ».
Réflexions :
Il faut savoir se dégager de ce que l’on a entendu, du regard des autres sur le patient (ex celui des parents sur leur enfant), on met à « distance » ce discours qui risque de nous encombrer. Une personne n’est jamais pareille qu’ailleurs dans une séance de thérapie. C’est cela qui produit un effet sur elle. C’est pour cela que le thérapeute, au sein d’une institution devrait rester dans un espace un peu « sacralisé » où les règles sociales habituelles ne sont pas en jeu. cela ne se joue pas comme dans une relation sociale habituelle. C’est ce qui permet d’avancer, de voir quelque chose. Le thérapeute doit en avoir une certaine conscience.
Le travail avec les enfants peut être un moyen privilégié pour voir nos doutes, nos discours qui sont facilement démontés. Devant un adulte on a quelque chose à protéger, à prouver peut-être et éventuellement on veut montrer que l’on peut avoir un résultat. Trungpa parle des patients mais surtout des thérapeutes ! Je vois que parfois je fais un diagnostic et veut l’appliquer, mais cela tombe à coté ; si j’accepte et fais quelque chose cela peut tomber à coté, mais la personne va la prendre de façon beaucoup plus légère en sachant que j’ai des limites et elle reviendra. Si le thérapeute est trop sûr de lui et fait un diagnostic juste on dira : il est super, mais si il se trompe, on dira : finalement il était tellement sûr de lui qu’il est tombé à coté.
A propos du « projet » : on apprend tous qu’avoir un projet pour l’autre c’est « mal ». Mais en même temps par analogie, quand je rencontre le lama, il a un projet pour moi (que j’atteigne l’éveil). Alors, en tant que thérapeute, est-ce que je ne peux pas avoir le projet que la personne devant moi aille mieux, qu’elle retrouve son équilibre, etc. Aussi peut être devons nous nous méfier du projet que l’on a, car il n’est peut être pas celui de la personne. Il semble pourtant que si on est sincère et si on veut rester dans la vérité, si le projet nous revient plusieurs fois à l’esprit, il serait peut-être intéressant de dire à la personne : j’entend ce que vous dites, et j’ai un projet pour vous dans lequel il serait bien que vous fassiez ça ou ça.. A ce moment je suis dans la vérité, relative, la mienne, mais je suis « vrai » dans la relation en disant ça.
Le projet ne doit pas réduire l’espace dans la relation, mais résonner dans le patient et rester ouvert.
On peut voir également la personne dans sa beauté intérieure, et maintenir cette vision pour se guider.
Projet : si je sens à cause du projet un durcissement en moi qui fait violence à l’autre (qui peut être stratégique), intérieurement quelque chose se durcît, l’espace de la relation se fige. Si ça passe inaperçu il y a une activité en relation avec cette tension intérieure et qui fait que ça devient directif, voir violent même si c’est très subtil. On peut le sentir dans le corps. Mais si on dit au patient : vous pouvez faire telle ou telle chose, l’espace est ouvert. Au niveau de la sensation intérieure ce n’est pas la même chose.
Si par manipulation, j’envoie mon projet sur l’autre, c’est une ruse, ça bloque. Si je le fais ouvertement, si je parle, si j’attend, ça ne coince pas forcément.
Ce n’est pas toujours le cas. A long terme ça coince toujours mais à court terme pas forcément. Il y a des gens qui sont preneurs de ça. c’est plus facile que d’être face à soi même.
L ;Lhundroup : « Du point de vue du lama, on a aussi des ruses...
Il y a différentes façons d’avoir des projets. Il faut différencier le projet qui rétrécit l’espace intérieur et le projet exprimé ou non, qui est plus vaste et n’amène pas cette fermeture, il ne mène pas à cette manipulation qui peut être ressentie comme une attaque. Je crois que l’on doit avoir un projet. Pour pouvoir travailler avec quelqu’un on doit avoir un projet. Ce projet ne sera pas le mien, mais un projet commun. Je peux amener ma vision des choses je peux parler de l’éveil, ça pourra paraître « très-haut » et personne ne se sentira vraiment touché. Mais il faut plutôt apporter un projet commun, plus clair, plus tangible. On travaille pour ça. N’est-ce pas cela que l’on appelle « contrat thérapeutique » ? Vous établissez un contrat quelque part, c’est un peu une base de la relation thérapeutique. Il y bien sûr ceux qui sont obligés de prendre des médicaments, mais si un véritable travail commence, il y a alors un projet commun. Ce projet commun peut être plus limité que ce qu’on peut réellement offrir, que ce qui peut être envisagé. On se met d’accord pour cette petite partie. On ne va pas travailler d’emblée pour la guérison totale. Cet accord ne pèsera pas mais sera porteur.
Donc si on parle de projet : Ce qui n’est pas clairement exprimé est ce qui rétrécit l’espace, quand les deux parties ne sont pas d’accord, ceci mène à la manipulation. Le reste est la palette de nos possibilités d’exprimer nos visions, nos idées, d’échanger et d’arriver à une vision commune ».
En effet il y a un contrat qui est reconnu entre le thérapeute et le patient : des obligations de soins, etc.
Il y a aussi une question de vocabulaire.
On pourrait plutôt dire « objectif » pour « projet ». Quand c’est clair, net, précis, détaillé, incontournable c’est un objectif. Soit il est atteint, soit il ne l’est pas. C’est un objectif de changement.
C’est le mot contrat.
Suite de la lecture (troisième paragraphe).
Trungpa : « Et ne vous dites pas que quelqu’un est complètement foutu.... ».
L.Lhundroup : « Evidemment, même en tant que lama, nous n’avons pas ce projet d’une société éveillée. Mais ce que nous partageons est de créer des groupes ou des « îles » un peu plus éveillés qu’ailleurs, plus sains, des contacts, des groupes où on peut respirer, ne pas tomber dans cette idée d’être modelés à partir des concepts de la société restreinte, qui vise à la production...Le samsara, la saisie égoïste va continuer, il n’y aura jamais une société éveillée. Trungpa ne se faisait pas d’illusion à ce sujet. Pourtant avoir cette idée dans l’esprit : comment cela pourrait être, même si ça n’arrive jamais, est une aide ».
Réflexions :
Pour voir comment est la société, il faut sortir de la clinique. Là, les gens sont « bêtes, méchants, c’est la société la société restreinte ». Voici ce que les patients pensent quand ils doivent retourner chez eux.
L’hôpital c’est le paradis : on a du temps pour trouver une ouverture, faire des rencontres. En fait là aussi c’est un concept ce sont eux même cette société ! Ce n’est pas quelqu’un d’autre. Quand ils me font cette réflexion , je réponds : mais c’est vous la société ! Vous en faites partie. Quelque fois ça marche, ça les rassure.
L.Lhundroup : « Oui, il ne faut pas juger notre société et dire qu’elle est négative. Nous avons un peu le même phénomène au Bost. Il n’y a pas de problème si la bodhicitta nous accompagne dans la société. Nous verrons ceci plus tard.
Mais pour le moment nous souhaitons avancer sur le chemin et ne cherchons pas à construire une société éveillée.
Le mot « canaliser » est utilisé ici. Il y a une force si on veut abandonner tous les projets ».
Cela fait référence au Bouddha qui est en chacun. Pour moi, canaliser c’est accepter de travailler avec eux, les accepter tels qu’ils sont, il n’y a rien à changer. Juste les aider à clarifier. Il n’y a rien à projeter sur eux.
L.Lhundroup : « Oui, chacun peut ouvrir son cœur sans avoir à « se couper les bras et les jambes », sans avoir à devenir une autre personne ».
Cela fait penser à ces chrétiens qui mettent en place une sorte de psychothérapie chrétienne. Frère Ephraim étudie la vie des saints et montre que le travail intérieur des saints qu’il a étudiés se base non pas sur le renoncement à leur caractère névrotique mais au contraire en se servant de leur caractère névrotique comme moyen de transformation. Pour moi, canaliser est se servir de ce caractère névrotique comme énergie.
L.Lhundroup : « Trungpa travaillait comme cela. Il prenait les gens tels qu’il étaient et les mettaient par exemple, pour une personne avec du charisme et de l’orgueil, à un poste de responsabilité. Alors tout explosait et devenait clair, il pouvait travailler avec ces tendances et canaliser cette énergie positivement et ainsi travailler avec ».
Suite de la lecture (quatrième paragraphe)
Trungpa : « Quelque fois les gens abandonnent la logique conventionnelle... »
Est-on devenus thérapeutes juste pour se permettre d’être un peu fous ?
On est du « bon coté du bureau ».
L.Lhundroup : « Pensez-vous qu’il y ait une logique dans l’attitude névrotique ? Dans la confusion, y a-t-il la vérité ? »
Réflexions :
Il y a des logiques névrotiques qui sont logiques mais nuisibles. Il faut discerner si la logique conduit à l’amour ou la destruction. Certaines logiques contiennent la vérité de détruire.
La logique est une réaction et se moque de savoir si cela va conduire à l’amour.
Soit je suis conscient de ce qui se passe avec les conséquences qui suivront, soit je suis inconscient et je me laisse simplement entraîner. J’ai aussi la capacité d’amener au discernement pour amener le patient à voir : quand je fais ça, il se passe telle chose, bien souvent le lien entre les deux ne se fait pas. Ce peut être perçu vaguement mais sans être vraiment intériorisé, c’est ce qui fait que la confusion est présente. La relation entre ce que je fais et ce qui se produit, ne se fait pas.
L.Lhundroup : « Pour moi, il y a une forme de confusion conventionnelle qui ne marche plus et qui est abandonnée pour une autre forme de confusion. Cette dernière marche mieux pour cette situation là. Mais du point de vue du dharma, les deux sont à traiter. Il n’y a pas de différence entre la confusion habituelle, conventionnelle et celle qui amène le patient à un comportement névrotique. La base de toute cette confusion est le fait de saisir les choses n’existant pas véritablement comme réellement existantes. Au niveau relatif c’est ne pas être conscient des conséquences et prendre le « Je », le « Moi » comme existant véritablement, tout le reste tourne autour de cela. Ce point est fondamental, il faut bien regarder au niveau relatif ce que vous êtes. Du point de vue du dharma nous sommes tous dans la confusion, c’est un bon point de base dans la psychothérapie. En ce qui concerne le travail du lama avec ses disciples, il ne se positionne pas comme étant dans la vérité. Le lama dit : oui, j’ai une connaissance de ce qu’est la vérité, par moment je suis touché et à d’autres je suis confus. C’est le travail que nous pouvons faire pour ouvrir l’esprit à cette dimension de moindre confusion ».
Suite de la lecture (cinquième et sixième paragraphes)
Trungpa : « ...Si nous ne voulons pas nous ouvrir complètement à la réponse que nous recevons.... »
L.Lhundroup : « ’La bonté fondamentale’ c’est le terme que Trungpa utilise pour parler de la nature de Bouddha. Dans le dharma on parle également des qualités inhérentes à chaque être vivant mais ces qualités sont voilées par la saisie égoïste. Cependant quand les voiles se lèvent, ça peut être juste un instant, ça peut arriver à chacun à un moment donné, toutes les qualités sont déjà là ! Ce que l’on expérimente en premier est cette bonté fondamentale. Il n’y a pas de « péché originel » qui sorte car ceci est encore un voile, mais quelque chose de bien plus profond qui est la bonté fondamentale ».
Réflexions :
C’est tout à fait vrai, mais quand on travaille dans une institution, celle-ci attend que l’on pose des étiquettes. J’ai essayé de prendre de la distance par rapport à ça et de travailler autrement qu’en posant des étiquettes sur les gens. C’est assez difficile de jouer le jeu avec une équipe de soignants qui a son propre fonctionnement et qui veut voir plus clair selon son schéma. Il faut alors travailler sur les deux registres ce qui fait que je me sens « posée entre deux chaises ». Il faut pourtant respecter les institutions et les schémas des uns et des autres.
Porter un diagnostic n’est pas forcément coller une étiquette.
Nous avons quand même besoin d’un ego pour pouvoir qualifier un comportement, une manière d’être, des choses répétitives qui embarrassent le patient dont il parle d’ailleurs comme des symptômes. D’ailleurs bien des gens nous apportent leur diagnostic, il faut leur dire :ne nous emballons pas, il faut voir...Il faut bien des mots pour qualifier les troubles dont les gens souffrent et eux aussi ont besoin de mots pour qualifier leurs troubles.
On voit bien la différence entre « qualifier » un symptôme et faire un jugement de valeur sur la personne.
Le problème dans une institution où il y a des travaux de recherche mis en place, c’est que cela suppose des travaux de « psychométrie » qui sont assez lourds. Finalement parfois je me demande ce que je fais avec ces travaux dont je ne vois pas la finalité alors que le patient avec qui je fais ça a plus besoin d’une aide plus simple que tout ce bazar intellectuel, est-ce que je ne perds pas du temps ? Cette perte de temps est d’autant plus sensible quand il s’agit de personnes âgées, (Alzheïmer) etc.
Cela sert peut à rassurer les soignants de faire des bilans, etc. Faire un bilan demande beaucoup de temps et ce temps pourrait être utilisé différemment et mieux dans la relation avec les personnes.
Mettre une étiquette sur quelqu’un c’est la coller sur un « paquet » que l’on range ensuite dans un placard.
L.Lhundroup : « Pour en revenir à cette question d’étiquettes et de diagnostic, cette un peu la même question que celle du « projet », est-ce que ça ferme l’espace, rétrécit mon ouverture ou est-ce que je peux le faire parce qu’on a besoin d’enlever un flou, besoin de poser un diagnostic pour ça puisse marcher dans l’institution. Puis ensuite tu peux retourner sur « ta chaise d’ouverture ». Il me semble que cette histoire d’étiquette signifie prendre une distance émotionnelle, se refermer dansce recul émotionnel, je m’éloigne ( : « il fait encore sa crise... ») ».
Réflexions :
Dès l’instant où j’émets une pensée sans être vigilant, c’est très facile de coller à cela. D’autre part en occident on s’appuie sur des diagnostics pour démontrer quelque chose qui a valeur de vérité. Dans d’autres cultures, il y a des symptômes qui pourraient être répertoriés de cette manière là et qui ne le sont pas. En fait c’est beaucoup plus léger pour la personne qui est diagnostiquée, par exemple une personne africaine, si le problème est perçu comme un esprit ou si c’est quelque chose qui s’est passé dans la relation au niveau du ménage, elle n’est pas la seule à porter le poids de ce qui lui arrive. Ca peut alors donner une direction intéressante sur : comment est-ce que je peux voir l’autre en me servant d’une grille de lecture...Dans une institution ce n’est pas facile, il y aurait peut-être quelque chose à inventer.
Quand on dit : une personne est malade. Qu’est-ce que ça suggère ?
Il y a ce que l’on a évoqué : dès l’instant où je me détruis, où je mets en cause l’existence de mon entourage, on peut considérer qu’il y a quelque chose de distordu. Avant d’en arriver là, il y a quelque chose que l’on catégorise comme maladie, alors qu’est-ce que cela implique quand on dit telle personne est malade ? Pour la personne et pour moi qui juge de ça, il se passe quelque chose qui créée déjà une distance. Pourquoi ne pas dire que la personne est « en difficulté » plutôt que malade ? Dans la difficulté je me reconnais dans la personne, le lien reste là. On doit voir que l’on est devant une personne et pas devant une maladie.
Il ne faut pas confondre « étiquette - diagnostic » et la réflexion sur une approche globale de la personnalité de quelqu’un. Quand on parle d’une structure ce n’est pas la même chose que mettre une étiquette. Le danger de la psychiatrie est de fabriquer des maladies car on ne peut plus faire l’effort de conceptualiser une approche plus globale de tous les signes et qui font dire que quelque chose ne va pas. Ces deux derniers siècles il y a toute une construction au niveau de la psychopathologie qui s’est effectuée et qui a mis en place une forme de concepts permettant de garder un approche humaniste, la personne est un tout. Ce qui est dangereux maintenant c’est que quand on souffre d’un symptôme particulier, exemple du petit orteil droit, on va devenir le malade de la douleur du petit orteil droit. On découpe de la même façon au niveau psychiatrique, en petits bouts, ce qui donne l’impression que ça peut ouvrir les choses puisque le patient souffre. mais le discours est : vous êtes malade, vous avez cette maladie là. Les gens disent alors : on est malade. Avant on pouvait leur dire : vous n’êtes pas malade, simplement en difficulté.
L.Lhundroup : « Qu’est-ce que vous pensez de ce paragraphe : il y a le diagnostic, mais ce que nous allons faire c’est nous diriger vers cette bonté fondamentale, ce qui est en profondeur et le découvrir ensemble. Le diagnostic est fait puisque l’on doit remplir des feuilles, ça nous structure également dans une autre vision. Mais nous qui avons toujours tendance à être pris par le problème, nous allons regarder les possibilités, le potentiel, les qualités qui sont comme un petit aperçu (on les voit comme à travers un rideau). On peut commencer à travailler avec. C’est ne pas abandonner le diagnostic, c’est ne pas se laisser prendre par ce jeu dans notre société. C’est utiliser une autre approche qui fait que l’on est tout de suite ami de la personne en face, ami de ses qualités, de son potentiel qui notre propre héritage et qui va pouvoir la rendre plus heureuse. Trungpa voulait en venir là, c’est à dire nous sortir d’une optique où l’on voit les problèmes pour voir toute la santé qui est là présente et l’encourager à se manifester ».
Question diagnostic, il faut regarder le déficit ou le pouvoir que l’on va accroître. De quelle façon on peut communiquer le travail fait avec un patient avec l’équipe soignante au sein d’une institution.
Il faudrait voir si le dharma et la psychopathologie ne sont pas en contradiction, Jean-Pierre Schnetzler nous a répondu que non. La différence est que dans la psychopathologie on laisse de coté tout le développement spirituel. Ce qui veut dire que, dans le développement de la personne, le psychothérapeute doit également prendre en compte son développement spirituel. Ceci rejoint cette « bonté fondamentale » qui est en fait liée au développement spirituel Pour un thérapeute bouddhiste c’est difficile de travailler dans une institution qui ne prend pas cela en compte.
L.Lhundroup : « Il faut voir la différence si on va chez un psychothérapeute bouddhiste ou si on va à l’hôpital chez un psychothérapeute conventionnel. Le premier peut dire : j’ai quelque chose d’important à vous communiquer, profondément vous êtes un Bouddha. L’autre dira : vous avez un problème grave, votre schizophrénie à commencé il y a déjà vingt ans ! Dans le premier cas, cela deviendra plus facile de travailler avec la difficulté car on pose en premier un cadre qui est fondé sur les qualités, le potentiel de la personne. L’autre va poser son cadre de maladie puis essaiera ensuite de se rattraper en disant : mais vous avez aussi des qualités. Les deux bien sûr souhaitent la guérison du patient, mais le deuxième part du mauvais coté. On peut donc travailler ainsi : quand quelqu’un vient me consulter, je peux le voir en premier comme un Bouddha potentiel. Mon travail est de l’aider à le découvrir en lui, ça c’est mon projet. Puis ensuite on va au problème ».
Suite de la lecture (septième paragraphe)
Trungpa : « Ainsi dans la psychothérapie traditionnelle le travail est orienté globalement de manière critique ... »
L.Lhundroup : « On veut toujours entendre le lama expliquer comment transformer les émotions, comment devenir quelqu’un de stable. Ce n’est pas cela le point de départ. Le point de départ est basé sur le fait de regarder la qualité de l’émotion. Les qualités des émotions sont très utiles. Ces qualités cachées derrière les comportement névrotiques sont les qualités de la bonté fondamentale. Ex. pour la colère : la qualité du discernement, de la précision...etc. Puis on en voit l’aspect confus, pour la colère par ex. cela nous amène à faire des actes nuisibles, dire des choses que l’on regrette ensuite...etc. On ne veut pas tuer l’émotion, l’enlever. On va plutôt faire ressortir les qualités, c’est ce que Trungpa veut dire, il y a une qualité dans l’émotion. Ils peuvent être critiques, énergiques, fous, mais il y a des qualités dedans qu’il faut respecter. Tout cela peut être une base pour une approche du dharma plus juste ».
Une femme pensait que sortir sa colère et l’exprimer lui permettrait d’épuiser cette haine, cette colère. En regardant ce qui pouvait être derrière cette colère elle y voyait des événements du passé. Puis en y regardant un peu plus profondément elle y a vu de l’amour. Ainsi dans cette vision elle a pu lâcher cette colère, plus de nécessité de la faire sortir comme cela. L’idée de se défaire de quelque chose était tombée.
En fait tout le monde le sait,
L.Lhundroup : « Donc on pourrait faire émerger la sagesse de celui qui est en face de nous. Socrate était connu, en Grèce pour poser d’innombrables questions mais également pour faire sortir les réponses en chacun. Il a crée ce genre de dialogue où celui qui est sensé savoir ne dit jamais rien, sauf des questions ».
C’est un peu l’idée de « sage femme », celle-ci aide à accoucher, mais c’est l’autre qui a le bébé en elle.
L.Lhundroup : « Un thérapeute, un lama procède ainsi. Guendune Rinpotché procédait un peu de cette manière avec nous. Il donnait quand même des réponses mais parfois il nous laissait chercher longtemps ».
Il y a aussi au niveau de la psychothérapie une manière de travailler similaire. Quand on a un patient en face de soi on va chercher les ressources, travailler avec les aspects positifs. On travaille sur la petite ressource pour activer le dynamisme et on ne va pas axer le regard uniquement sur ce qui est pathologique.
L.Lhundroup : « Oui, ce texte a trente ans et maintenant il y a tout un travail remarquable qui se fait sur la psychothérapie. Quelles sont les psychothérapies qui travaillent plus avec les ressources ? »
La psychothérapie brève en est une. Il y a de nouvelles psychothérapies qui sont apparues les quinze vingt dernières années.
On trouve cela dans la Gestalt thérapie, dans l’hypnose Eriksonnienne.
Il y a la possibilité d’avoir un autre regard grâce à ces différentes psychothérapies.
L.Lhundroup : « Ce n’est pas l’école ou la tradition psychothérapeutique qui exclue cette possibilité d’avoir un autre regard. C’est seulement notre propre attitude qui peut poser un problème. L.Mingyour, (formé par Trungpa Rinpotché) qui a contribué à l’institut Naropa, est passé par six ans d’analyse freudienne puis cinq ans d’analyse junguienne, n’a pas abandonné tout ce qu’il avait appris du fait d’avoir rencontré le dharma. Les deux ne sont pas contradictoires. Chaque méthode peut être utilisée de manière constructive. Si on prend la psychanalyse telle quelle est, normalement elle est neutre, elle accompagne ».
Réflexions :
Elle est même bienveillante. Il y a une base de neutralité bienveillante.
Mais malheureusement il y a eu ensuite tellement d’aspects dogmatiques, de querelles d’école (et aussi entre les thérapeute) que la bienveillance en a souffert.
Jean-Pierre Schnetzler établit un lien entre la psychanalyse et Vipassana. Pour lui, ce sont deux approches semblables sauf que dans la psychanalyse, comme la personne n’a pas les capacités d’être un méditant qui peut examiner très profondément ses structures intérieures, il le fait par l’intermédiaire d’un thérapeute. Il indique qu’ une des causes des dysfonctionnements dans notre société actuelle vient de la conception de l’être qui repose sur une vue du christianisme qui divise l’être entre le corps et l’âme (et non pas entre le corps, le mental et l’esprit). L’âme ayant « disparu » au 19eme siècle (à cause du matérialisme) on peut dire que la tentative de Freud était de retrouver quelque chose de disparu. C’est peut-être ainsi qu’il a trouvé le concept d’inconscient. Toutes les disciplines psychologiques reposent sur le concept de l’inconscient. Le domaine d’intervention de la psychothérapie se situe dans le mental ce qui fait que l’on fait abstraction de l’autre partie. Les méthodes ont montré leur efficacité, elles reposent sur le savoir faire et la personnalité du psychothérapeute. Les bases conceptuelles sont peut-être erronées ou incomplètes.
L.Lhundroup : « Ceci peut être un bon « matériel » pour regarder chacun en soi-même, voir la vérité en tout cela : qu’est-ce qu’est l’esprit, quels sont les différents aspects de notre existence, où trouve-t-on les solutions ? Le bouddhisme ne parle pas de corps mental esprit. Le corps c’est l’esprit. Le corps se sont les perceptions sensorielles et c’est l’esprit en relation avec les sens. On ne parle pas du corps, on parle déjà d’un aspect de l’esprit qui est en relation avec les sensations, les perceptions. Après il y a l’émotionnel, le mental on pourrait dire et ensuite cette dimension profonde qui, dans la confusion est l’aspect dualiste de notre esprit profond non duel. IL y a ces trois niveaux mais le corps n’entre pas là dedans. le corps c’est ce qu’on perçoit. Donc là c’est sous-divisé dans les six sens. Il y a les cinq sens physiques et la perception de ce qui se passe dans notre cerveau, nos pensées : le sixième sens. Il est traité au même niveau que les perceptions physiques. Ce qui fait une différence, mais est-ce que cela fait une différence, est de percevoir une pensée qui n’a pas de support extérieur physique et une pensée qui est une perception sensorielle telle qu’une perception auditive. Il y a un autre modèle à proposer qui en comparaison avec des modèles existants pourrait aider à clarifier des compréhensions et des notions importantes ».
Dans la psychiatrie classique, pour parler des états délirants, il y a la notion d’hallucinations psychiques. Il y a les cinq sens et le sixième (qui peut être dérangé) des hallucinations psychiques.
Suite de la lecture (huitième paragraphe)
Trungpa : « ...ce qui est en relation avec les méthodes de massage... ».
L.Lhundroup : « La détente est une flexibilité d’esprit et du corps là où avant il y avait une raideur. Cette flexibilité doit être tonique, pouvant répondre à des situations. On peut penser que dans la psychothérapie et le dharma on est là pour tout détendre, mais ensuite on n’est plus capable de répondre aux besoins quotidiens... »
Si on est trop « détendu » on n’est plus forcément disponible.
L.Lhundroup : « On peut continuer avec ce texte puis quand il sera fini en choisir un autre. Un texte intitulé « île de clarté » qui parle de l’importance de cerner les moments de clarté dans la confusion. L’approche de Trungpa Rinpotché est basée sur le fait d’encourager les moments de clarté. Vous pouvez faire des propositions, on choisira ce qui peut compléter tout cela. La traduction française est encore à vérifier ».
Prochaine réunion : le dimanche 20 juillet 14h30 au même endroit.
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