Synthèse de la réunion du 27 avril 2003
3 ÈME RÉUNION
vendredi 30 mai 2003
Étaient présents
Lama Lhundroup
Lama Trinlé
Droupla Monlam
Bernard Frit
Elisabeth Frit
Patricia Martin
Henri Cuevas
Agnès Cochet
Félicité Le Gall
Sandrine Levrault
Gérard Ducourtieux
Étaient excusés
Muriel Pécot-Kleiner
Guy Baleydier
Sylvie Buyens
Compte Rendu
Bernard Frit propose de rassembler toutes les informations sur un site Web afin que tous les membres du réseau puissent y avoir accès à tout moment.
Lama Lhundroup prend la relève à partir d’aujourd’hui. Encouragé par Jigmé Rinpoché, il suit déjà un groupe de psychothérapeutes allemands.
Demande des thérapeutes
Comment mieux vivre et intégrer le Dharma dans le travail sera le sujet d’autres rencontres.
Le Dharma comme source d’inspiration dans la pratique thérapeutique.
Le texte que nous allons étudier est un transcript d’une cassette audio de Trungpa Rinpoché sur la psychothérapie que Lamas Mingyour & Lhundroup nous proposent. Ce sont des réflexions générales qui donnent des pistes sur la psychothérapie selon l’approche bouddhiste, sur une vision des choses, un point de vue à adopter.
Il ressort du commentaire les points suivants
L’échange entre bouddhistes & thérapeutes, bien que se nourrissant mutuellement, n’est pas un dialogue entre égos.
L’échange tourne en apprentissage. Nous devons être sensibles aux besoins de chacun pour amener les choses simplement.
Trungpa pose un « cadre de vigilance » à suivre, une pratique journalière de travail sur soi, une forme de conduite, comment « se tenir bien à table » , une approche très terre à terre. Il n’est pas nécessaire d’analyser ce qui est derrière.
Il faut être conscient de ces différences d’approches qui peuvent créer des frictions.
L’approche de la psychologie bouddhiste ne se restreint pas à un travail tourné uniquement vers l’intérieur, il s’ouvre également sur l’expression à l’extérieur, sur le comportement.
De la même manière, la pratique bouddhiste ne se limite pas à la méditation, elle tient autant compte de la conduite
Trungpa s’appuie ici sur le Vinaya - L’enseignement du Bouddha, regroupé dans la 3ième Corbeille, sur la conduite éthique où il parle de la sangha monastique comme un exemple de mener une vie saine.
L.Lhundroup : « j’ai eu des contacts avec des personnes qui s’occupent de patients en difficulté avec l’alcool dans la région. La première chose avant tout autre chose était de leur faire comprendre le besoin de propreté et d’ordre en mettant l’accent sur le fait de nettoyer leur chambre... »
On trouve cette dimension du soin terre à terre dans le modèle comportementaliste, utilisé dans certaines structures hospitalières pour patients psychotiques. La règle est de tenir le patient dans un cadre très précis quelque soit la fonction du personnel soignant. Le cadre lui est imposé. Il concerne le lever, la toilette, le rangement de la chambre, etc.
Il y aurait une position à prendre entre être très directif ou complètement non directif afin d’amener le patient à se responsabiliser en encourageant la compréhension qu’il y a des choix à faire, cela dans tous les aspects de la vie.
La conduite est la base. Tout le monde est concerné, pas seulement les patients alcooliques ou autres.
Quand Trungpa parle de conduite (shila) il mentionne :
« Ne pas tuer, ne pas voler, ne pas mentir, etc. » (les 5 vœux de base).
Je ne peux pas travailler, par exemple, avec une anorexique si elle me ment, si je ne peux pas avoir confiance.
Mais, également, tout ce qui concerne l’environnement, les choses terre à terre comme la propreté du corps, le rangement de la chambre, s’habiller correctement, poursuivre les contacts d’amitié, de famille, le courrier, les aspects financiers, la nourriture, etc.
Cependant, le thérapeute ne doit pas être trop rigoureux du point de vue du Dharma, de ne pas porter des jugements de valeur sur des actes comme l’avortement, par exemple, mais de voir s’il y a des traces de culpabilité et d’œuvrer avec ça.
L’approche terre à terre est un élément clé de ce que pourrait être une thérapie bouddhiste. Une conduite au quotidien en vue de développer une intégrité, une autonomie de l’individu.
L’exemple d’Ananda montre ce qui est à éviter, les situations extrêmes, l’attachement à des comportements extrêmes comme ceux de personnes qui font des jeûnes pour se purifier ou qui sont végétaliens à outrance. Il convient de rechercher le chemin du milieu.
Trungpa touche ensuite à la perception de soi-même, à la confiance en soi.
Oui, l’environnement, les parents, les enseignants y sont pour quelque chose. Mais, on ne va pas leur attenter un procès parce qu’ils n’ont pas eu les conditions favorables pour nous élever parce qu’ils étaient pauvres, par exemple. On va plutôt voir s’il n’y a pas eu un manque d’hospitalité psychologique, source du manque de confiance en soi.
Il s’adresse aux parents et aux thérapeutes.
3ième point à retenir : Offrir aux patients un accueil, une hospitalité. Il y a un sens de bonté. C’est une approche saine, sans logiques tordues, ni mensonge, ni prétention à être quelqu’un d’autre.
Justement, le message de la maladie psychologique est qu’il y a distorsion, mensonge. On part de ça. Les prises de conscience successives amènent la personne à voir qu’elle ment, qu’elle se ment à elle-même. C’est progressif.
L’autre point est l’analyse des causes des distorsions, de notre manque de confiance en soi :
* L’environnement non accueillant, ou surprotecteur,
* Le fait d’être en présence de personnes malhonnêtes.
Nous vivons cette situation en victime . Des colères profondes prennent racines.
La haine fondamentale va de paire avec le manque de confiance fondamentale
Je commence à blâmer l’environnement pour son manque de sensibilité. Je ne me sens ni entendu, ni vu. Une tendance à toujours accuser les autres se met en place, et je n’ai plus besoin de me regarder moi-même.
Le cercle vicieux s’installe. (Description du samsara).
Dans la thérapie, je peux aller jusqu’à condamner mon égo. Je me défais de toute responsabilité quand je dis que c’est mon égo.
Le remède à cette situation est la « bonté fondamentale » (kunsang, en tibétain).
Être en contact avec la bonté fondamentale, c’est être en contact avec la nature de Bouddha.
Et être en lien avec sa nature fondamentale passe par une bonté, une acceptation de soi et des autres. Dans cet espace, je peux être ouvert à la situation.
« Fondamentale », parce que c’est une bonté qui va animer nos comportements au quotidien.
En tant que thérapeute, il est nécessaire que l’on soit en contact avec la bonté fondamentale, espace qui génère toutes les qualités, héritage de nous tous, objectif de l’Institut Naropa.
Le point essentiel d’une thérapie bouddhiste, souligné par Jigmé Rinpoché, serait de mettre l’accent sur les qualités au lieu de s’appesantir sur les problèmes.
Approche qui a une vue réaliste de ce qui est le problème et qui va mettre le spot, l’éclairage sur les qualités.
Parce que nous avons la nature de Bouddha, nous allons travailler avec ça. Nous ne sommes pas fondamentalement des pécheurs. Les distorsions sont des voiles temporaires. Cet aspect est profondément bouddhiste.
C’est une découverte simple, ordinaire. Nous parlons de choses simples. Il n’est pas nécessaire d’avoir des années d’études derrière soi. Nous parlons de la base, la bonté fondamentale, qui peut être comprise par tout le monde. C’est le Dharma.
Trungpa, ici, présente le remède à la pression, tension énorme qui nous habite, qui emplit l’univers en donnant l’image d’un énorme ballon qui peut être dégonflé par une ou des centaines d’aiguilles, - la « détente ».
Ce n’est pas quelque chose de nouveau. Le Dharma a fonctionné dans le passé. Il pourrait tout autant agir sur des êtres comme nous maintenant.
Dans ces groupes créés autour de patients psychotiques, il y avait beaucoup de bénévolat. Les personnes offraient une journée de leur temps par semaine à ces groupes, en dehors de leur travail. Seuls les thérapeutes investis pleinement étaient rémunérés honnêtement.
L’éthique du thérapeute, du point de vue du Dharma, est de travailler sans idée de profit. Il est mû par l’esprit de don, de générosité, et idéalement, il œuvre gratuitement, une fois son nécessaire (toit, nourriture, voiture, etc.) est assuré, pour Guendune Rinpoché
La générosité se transformera alors en mérite. C’est une direction car ce n’est pas praticable pour la plupart des personnes.
Définition de la folie : C’est vivre dans l’aberration. Ce qui est aberrant, c’est de blesser autrui et soi-même.
Une personne équilibrée, saine ne peut pas faire ça : agresser les autres ou lui-même.
Dès que l’on sent que l’on agresse autrui ou soi-même, on glisse dans la folie. Ça concerne tout le monde, pas seulement la folie « psychotique ».
Trungpa est persuadé qu’on peut aidé tout le monde, sans exception. C’est la connexion avec la personne qui fait qu’on peut aider ou pas. Ça ne fait pas référence à la gravité de la maladie, la névrose ou la psychose.
L.Mingyour, au tout début de l’expérimentation, est allé voir dans des cliniques psychiatriques des patients les plus gravement atteints, ayant au moins 10 ans d’hospitalisation. Il leur a présenté sous forme de conférence son programme de soin sur un an ou un an et demi.
Créer un environnement « magique », de bonté, de bienveillance, (environnement sain, sans logiques tordues, marqué du sens de l’honnêteté), qui va faire craquer la névrose, la psychose, qui va fissurer la protection hermétique de l’égo Cette résistance égotique ne peut résister à la bonté.
C’est une image très parlante à retenir : fissurer la névrose par la bienveillance.
Après 6 mois, les patients ne prenaient plus de médicaments. Ils suivaient une formule de réduction des doses de moitié entrecoupée de pause entre chaque diminution.
La 2ième partie du séjour était consacrée à un travail sur la vigilance orientée vers l’autonomie. Laisser la personne veiller sur ses affaires et sur elle-même, avec un suivi de séances de psychothérapie.
La relation d’un thérapeute avec un client est une relation d’une personne nue à une autre personne nue.
Se mettre à nu, c’est ne pas se cacher, avoir le courage de dire honnêtement ce que je vois, pas mes projections. Si je vois que quelqu’un a une logique tordue dans sa vie, qu’il ment aux autres et à lui-même, je le dis, je ne rentre pas dans son jeu. L’honnêteté se fonde sur la confiance. (La malhonnêteté a pour résultat le manque de confiance). Un changement ne peut s’opérer que sur cette base.
L’attitude des « bras ouverts » : Le thérapeute est quelqu’un qui aime fondamentalement les personnes. Il fait ce travail sans créer de schisme entre son activité et sa vie privée. Il le fait avec légèreté, simplicité comme un loisir, comme s’il préparait un bon repas. C’est quelque chose de naturel. Il n’offre pas un grand service, un grand acte thérapeutique bien visé.
Suit un échange de questions & réponses.
« Qu’est ce qui est vraiment soignant dans la thérapie au vu du Dharma ? Où se situe la différence entre le soin thérapeutique et l’accompagnement selon le Dharma ?
L.Lhundroup : La différence se situe au niveau du cadre. Les thérapeutes établissent avec la personne un suivi qui implique une régularité des séances, des horaires à respecter. Les lamas ne peuvent pas proposer un suivi régulier de plus de 4 semaines. J’ai essayé de le faire, ce n’était pas facile. Nous sommes dépassés par le fait de ne pas pouvoir offrir un cadre d’écoute et d’échange.
Les méthodes thérapeutiques sont très efficaces. Je pense au programme en 12 étapes des Alcooliques Anonymes. - exploration des situations de la vie qui sont conflictuelles, faire la confession pour assumer sa propre responsabilité, etc.
Le thérapeute prend le temps de suivre la personne dans son quotidien, ce qui n’est pas dans la logique de l’accompagnement dans le Dharma. Les lamas sont là pour répondre aux questions spirituelles. Ils ne sont pas là pour remettre de l’ordre dans la confusion émotionnelle, qui est un effet secondaire de la pratique du Dharma.
Les lamas débordent un peu en prenant en considération le suivi psychologique, émotionnel de la personne ; ce qui n’est pas de leur compétence. Ils le font parce qu’il n’y a personne pour le faire.
Des psychothérapeutes et les lamas peuvent s’accorder ensemble, chacun dans leur domaine, pour éviter les contradictions dans l’accompagnement. C’est la démarche de Lama Wally.
Nous sommes, parfois, dans les centres de retraite, confrontés à cette situation, à devoir assumer un rôle de thérapeute. Nous n’avons pas à nous arrêter dans la suite de la pratique pour travailler sur les encombrements émotionnels du passé.
La pratique, évidemment, porte sur les émotions. Cependant, notre fonction n’est pas de traiter avec la maladie psychologique ou émotionnelle. Ça demande beaucoup plus d’attention et de présence.
Pour les lamas tibétains, la maladie mentale est un effet des démons. Ils la soignent par des rituels, comme des exorcismes.
J’ai constaté que les personnes diagnostiquées « malades mentales », « psychotiques », etc., - elles le disent elles-mêmes - souffrent du poids du regard des autres, du jugement de valeur véhiculé dans les termes « maladie », « psychose », etc. Elles se sentent réduites à leurs symptômes, à leurs comportements aberrants. En quoi ça peut aider la personne d’être regardée et étiquetée « psychotique » ou autrement ? N’y aurait il pas une réflexion à proposer autour de cette question ?
Trouver le juste milieu entre une attitude qui catégorise les individus « malades » et celle qui reconnaît qu’ils sont malades en les responsabilisant.
C’est quoi être honnête ? Si je pense que cette personne est malade et a besoin de l’entendre, je ne dois pas employer une logique tordue d’évitement parce que je ne dois pas utiliser ce mot.
Si je suis convaincu que je ne fais pas de thérapie mais un accompagnement ; c’est le mot à adopter.
C’est parler de choses vraies qui sont au plus près de ce que je sens.
Par exemple, je peux exprimer ce que je ressens à l’égard de la personne, lui dire mon inquiétude qu’elle termine à l’HP si elle ne mobilise pas ses forces ; qu’elle a la nature de Bouddha, les qualités pour s’en sortir, que je les vois...
Si je me reconnais en l’autre, que je vois que ce qu’il vit, je le vis aussi mais en terme d’intensité moindre, je reste en lien avec lui. C’est-à-dire que j’ai aussi mes inquiétudes, mes peurs, mes saisies, tout comme lui, mais moins fort. Souvent, quand un diagnostic est posé, il y a une coupure, une séparation entre moi, considéré comme plutôt sain et lui, malade. Je lui fais porter le poids de quelque chose qui n’irait pas.
La différence entre moi et l’autre est une question de degré d’intensité plutôt que de différence fondamentale.
Pour Guendune Rinpoché, la folie est une question de degré de saisie.
La souffrance d’autrui, par résonance, fait écho à ma souffrance du fait de la connexion. Ma capacité à gérer ma souffrance va lui permettre de soulager la sienne propre. Ce qui serait soignant. Vaste programme !
Voici quelques thèmes d’étude qui se sont dégagés de cette rencontre :
Développer un vocabulaire commun :
Définir les concepts utilisés autant dans les écoles de psychothérapie que dans le Dharma, comme « Simplicité, Ecoute, Ethique, Empathie, Alter égo, l’enfant intérieur, le corps me parle, la notion de subpersonnalité, etc. » à la lumière du Dharma.
Ce travail a commencé avec le groupe de thérapeutes germanophones de diverses écoles (gestalt, psychanalyse, béhaviorisme, psychosynthèse, etc.). Maintenant, tout le monde arrive à se comprendre.
Qu’est qui est soignant dans la thérapie ?
La PNL, à ses débuts, s’est posée cette question. Elle en a tiré des conclusions que nous pourrions exploiter. Nous pourrions avancer, à l’unanimité, que c’est l’attention bienveillante qui soigne, accompagnée de la sagesse.
On peut prendre en considération ce qui ne soigne pas et qu’on maintient par habitude et par dogme.
Par exemple, la thérapie cri primal est fortement déconseillée par Rinpoché parce qu’elle dérange le système énergétique. Elle peut à très long terme augmenter les émotions.
Échange sur le transcript de Trungpa que nous reprendrons la prochaine fois,
le 1er juin à 14h30.
Échange pour voir si ces principes fonctionnent dans le travail.
Offrir des stages aux psychothérapeutes, de psychothérapie et Dharma.
Une date a été retenue, les 1,2, 3, 4 novembre 2003 au Croizet.
Félicité LE GALL et Henri CUEVAS
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